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Riga, Lettonie - Un passé parfois douloureux

10 Dec 2017

 

 

 

Deuxième journée dans la capitale lettone et on attaque de bon heure !

 

Après un bon petit déj, en route vers le quartier de Maskavas, non loin de l’ancien quartier juif. Lorsque j’étais dans le clocher de l’église Saint-Pierre, de drôles de bâtiments ont attiré ma curiosité. Que font cinq grands hangars en plein milieu de la ville ? Il s’agit en fait du plus ancien et du plus grand marché d’Europe. Le complexe s’étend sur 16 000 m2 et attire chaque jour près de 100 000 personnes. Inutile de vous dire que plusieurs heures sont nécessaire pour en faire le tour. Chaque bâtiment à sa spécialité : bouchers, primeurs, poissonniers … À l’extérieur, les fleurs, les vêtements et les bibelots.

Au début des années 1920, la municipalité de Riga souhaitait faire construire un marché central - centrāltirgus. Ils décidèrent donc d’acheter d’anciens hangars à Zeppelins en Allemagne - les fameux ballons dirigeables - puis les ramenèrent pour les reconstruire au centre de la ville. Le problème était, qu’avec de telles dimensions, il était impossible de chauffer et d’entretenir ces gigantesques constructions. Les parties hautes ont alors été gardées et les parties basses furent remplacées par du béton.

C'est un marché comme on en trouve dans tous les pays mais se trouver au milieu du quotidien des lettons nous change des musées et de notre rôle de touriste. Malgré cette fourmilière, c'est assez reposant de retrouver un bout de " normalité ". De plus, moi qui adore me promener devant les étales de boucheries, j’étais aux anges. A ce propos, j’aurai la chance de visiter fin janvier un lieu que tout le monde connait mais qu’il est difficile d’explorer. Vous verrez je n’en dis pas plus …

 

Quelques rues derrière, à cinq minutes de marche, se trouve un autre marché mais celui ci bien différent. Latgales Tirgus est caché sur Firsa Sadovņikova iela. Ce petit marché aux puces ne paie pas de mine, mais peut se révéler être une véritable caverne aux trésors.

Vous y trouverez de tout : ustensiles de cuisine, pièces pour la voiture, chargeurs de téléphones en tout genres, casques nazis, chapeaux soviétiques, surplus militaires et mêmes armes à feu … Malheureusement l'endroit est petit et pas très engageant. J’ai plutôt eu l’impression de rentrer dans un marché clandestin plutôt qu’aux puces de Vanves. Il est néanmoins possible de trouver son bonheur mais beaucoup de choses sont impossible à rapporter par avion ! Quel dommage ...

 

Avant de retourner dans la vieille ville, j’ai fait un petit crochet par le Ghetto et par le mémorial de l'Holocauste. Par ou commencer … Je pense que le lieu à un réel potentiel pour transmettre la mémoire et les histoires qui s’y sont déroulées. Malheureusement, les anciens baraquements viennent d'être passé au Karcher et ils ressemblent plus à un décor de film fabriqués en carton pâte qu'à un lieu de recueillement. Lorsque l'on regarde entre les lourdes portes en acier, on se rend compte que seuls les murs sont debout et qu’ils renferment de véritables décharges ... J'ai visité plusieurs ghettos ainsi que des camps de concentrations qui m’ont ému - notamment Dachau en Allemagne. De celui ci je ne retiens que les boites à dons disposés tous les trois mètres … C’est dommage … Pour me consoler, je pars manger des pancakes avec de la crème fraîche …

 

Avant de clore mon séjour, il y avait un endroit que j’était obligé de visiter. Ai-je gardé le meilleur pour la fin ? C’est du moins le lieu le plus chargé en histoire et probablement le plus intéressant. Il s’agit des anciens quartiers généraux du KGB. Derrière une magnifique façade Art Nouveau, les actes les plus tristes et les plus inhumains de la ville s’y sont déroulés.

La célèbre police secrète soviétique à prit possession des bâtiments à la fin de l’année 1840. Les opposants au régime bolchevique y étaient amenés pour y être interrogés, emprisonnés et tués. Les ennemis de la Sainte Mère Patrie n’ont pas été les seuls à finir leurs jours ici. N’importe qui pouvait être arrêté. Il n’était pas rare qu’un membre de votre famille disparaisse du jour au lendemain et il n’était pas bien compliquer de savoir ou il était … N’importe qui pouvait également vous dénoncer par lettre anonyme ou pour pouvoir espérer une meilleur situation, un meilleur emplois, un meilleur appartement ... Après cette visite, je comprends mieux le climat qui règne encore dans le pays. La guide me l’a confirmée, les gens continuent d’avoir peur plusieurs années après la chute du système et leur seul moyen de défense et de se fermer aux autres (même aux amis).

La visite commence par les bureaux d'accueil. Vous deviez vous séparer de tout sauf de vos vêtements. Boutons, ceintures, lacets étaient confisqués. Ensuite, des documents en russe devaient être remplis. Quand ont sait que presque aucun des lettons ne parlaient cette langue à cette époque, même remplir son nom était impossible. Dans cette pièce, notre guide nous dit que nous pouvions être arrêté si nous étions pris - par exemple - avec un livre en français chez nous (ou tout autres objets prohibés comme de la musique). Heureusement qu’elle n’a pas fouillée mon sac à dos …

Vient l’heure de l’interrogatoire. Un gentil agent du KGB vous propose du café, vous assure que tout ira bien et que vous sortirez très bientôt. Après quelques heures, le ton monte. Violences verbales, violences physiques, menace de s’en prendre à la famille …  Nous pourrions nous croire dans un mauvais film policier. Hommes, femmes, enfants tous étaient logés à la même enseigne. Cela pouvait durer sept jours et sept nuit non stop. Le but étant de briser la personne pour qu’elle avoue. Mais avouer quoi ? Parfois ils ne le savaient même pas car accusés et dénoncés à tort. Seul échappatoire, signer des papiers - en russe encore une fois. Un avocat vient vous voir, prend note de votre témoignage et de vos aveux. C’est en faite un agent déguisé pour utiliser contre vous tous ce que vous direz. Il attendait depuis le début derrière la glace sans teint. Certains se sont défenestrés pour ne pas parler. Depuis, des barreaux ont été placés aux fenêtres. Deux choix s’offrent alors à vous. Signer les papiers et vous signer votre arrêt de mort dans le même temps. Ne pas cédez et vous êtes envoyé dans les goulag de Sibérie pendant vingt-ans.

Puis nous visitons quelques cellules. Jusqu’à deux-cents personnes ont été incarcérées ici en même temps. Certaines de ces geôles ne permettaient même pas de tenir assis. D’autres étaient réservées au traitements spéciaux : les premières avaient une lumière aveuglante et une température de 60°. Il était interdit de parler et de fermer les yeux. Autre option, les pièces noires et gelées. Dans les deux cas, un gardien passait toutes les trente minutes pour vous empêcher de dormir.

Toutes les deux semaines, vous aviez le droit de sortir cinq minutes dans la petite cours. Tout le monde à la queue leu-leu marchait les mains dans le dos et en silence. Selon les témoignages de survivants, cet endroit est le plus nostalgique de tous. Personne n’osait se rebeller de peur de voir cet instant supprimé. Air frais, son des cloches de l’église voisine et musique provenant de l’école de chant non loin, les détenus pouvaient s’évader mentalement le temps d’un court instant.

Nous avançons toujours plus loin sous terre vers les cuisines. Il était mieux vu de tuer quelqu’un que de critiquer le régime. Les meurtriers enfermés dans la prison d’état avaient le droit - eux - à un programme de réhabilitation. En guise de travaux d’intérêt général, ils faisaient la cuisine pour les détenus du KGB. Les produits avariés étaient achetés au marché. Ils étaient plus ou moins mélangés dans de l’eau bouillante, dans du thé, dans du café, dans tout ça en même temps et était servi comme repas par ces chefs amateurs. Ce centre de détention a fermé ses porte en 1991 lors de la dislocation de l’URSS. Cette dernière année, seuls trois prisonniers étaient enfermés. Cela ne valait pas la peine de faire cuisine à part. Ils avaient donc le droit au même menu que les officiers à savoir … du caviar … les temps avaient changés et la fin d'une époque était proche.

Peut avant la fin de la visite, nous passons pas le centre d’écoute. Toute la ville était épiée et espionnée par les agents. Même chez vous vous n’étiez pas à l’abri de payer vos mauvaises paroles.

Plus de cent-cinquante personnes furent tués dans ces lieux. Le bruit des machines à vapeur couvraient celui des détonations des armes dans le garage. De l’autre côté du mur d’exécution, la cantine des officiers … Les corps étaient ensuite emmenés dans la forêt pour y être brûlés. Des centaines d’autres furent exécutés par la suite mais cette fois à la prison d’état.

 

Ce climat de terreur tend à changer avec les nouvelles générations plus ouvertes qui n’ont pas connues ces persécutions. Il est quand même rare de trouver quelqu’un parlant anglais - hormis dans les métiers du tourisme - ce qui prouve que l’ouverture n’est pas encore totale et qu’il faudra encore quelques années avant que les lettons ne mettent de côté cette part sombre de leur histoire.

 

  

Pour me changer les idées quelques heures avant mon départ, je décide de terminer sur une note plus gaie en faisant du lèche vitrine. Vendeurs ambulants et boutiques de luxe, tous vendent la même chose : le fameux ambre de la baltique.

En discutant avec une vendeuse, j'ai appris de nombreuses choses concernant ce minerai emblématique. Cette résine de conifères fossilisée est utilisée depuis la préhistoire pour confectionner des bijoux. Ce nom vient de l'arabe anbar qui désignait à l’origine l'ambre gris - qui est en réalité une concrétion intestinale des cachalots utilisée en parfumerie. Comme toujours en gemmologie, il existe plusieurs degrés de pureté et de rareté. Le plus commun est l'ambre jaune - dit cognac. Il représente plus de 70% des volumes mondiaux. Il est aussi le plus jeune des ambres. L'ambre blanc (2%) est quant à lui le plus ancien avec un âge avoisinant les 40 millions d'années ! D'autres couleurs sont plus étonnantes : vert (2%), rouge (0,5%) et enfin bleu (0,2%). Ce dernier étant extrêmement rare, on trouve à l'intérieur de l'ambre blanc et vaut ... une fortune.

Si vous avez vu Jurassic Park, vous vous souviendrez sûrement de la scène ou John Hammond présente un morceau d'ambre qui renferme un moustique. L'ADN que conservait de ce dit insecte lui aurait permit de faire revivre les dinosaures ... Si il est tout à fait possible de trouver de telles inclusions, il n'en est pas moins vrai qu'elles sont extrêmement rares. C'est pour cela qu'il faut se méfier de certains vendeurs qui n'hésitent pas à vous vendre de la résine de plastique et non de la résine fossile.

Petite astuce - qui fonctionne également pour l'ivoire - chauffez avec un briquet une aiguille à coudre et plantez la dans l'objet. Si elle rentre dedans, c'est qu'il s'agit de plastique !

 

Pour en savoir d'avantage, n'hésitez pas à passer sur ma page Tripadvisor. J’ai essayé d’y noter au mieux les différentes activités, les différentes visites et les différents restaurants ou je suis allé. Vous y trouverez également de nombreuses autres idées de balades et excursions pour un séjour plus long.

 

 

   

Riga en quelques dates : 

• 1189 : première trace du nom de Riga dans les manuscrits

• 1201 : fondation de la ville

• 1211 : ouverture de la première école

• 1521 : Réforme luthérienne

• 1621 : la ville devient polonaise

• 1710 : la ville devient russe

• 1812 : Napoléon passe par la

• 1854 : démantèlement des fortifications

• 1918 : indépendance lettone (18 novembre)

• 1940 : la ville redevient russe

• 1941 : la ville devient allemande

• 1944 : la ville re-redevient russe

• 1991 : capitale du pays à la chute du mur (21 août)

• 1997 : ville classée au patrimoine de l’UNESCO

• 2014 : capitale européenne de la culture

 

 

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