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Vallée des Merveilles - Le mystère des protos

11 Aug 2017

 

 

 

Trois heures et demi d'ascension ; mille mètres de dénivelé ; vingt-cinq kilos sur le dos ; un soleil de plomb … La Vallée des Merveilles se mérite.

 

Nous avons garé la voiture au barrage des Mesches. Elle y restera pendant les quatre jours de notre folle aventure. Le chemin qui mène au refuge des savants est interminable. Nos sacs sont remplis de matériel, de nourriture, d’eau … Une fois arrivés au Lac Supérieur, nous apercevons notre abri de l’autre côté de la rive. Le plus dur et le plus long sont fais. Dernière ligne droite avant un repos bien mérité et un repas chaud. Une fois devant la porte, un des chien du berger nous accueille en aboyant et en grognant. Il ne nous connaît pas et veut protéger son troupeau. Heureusement pour nous Odile arrive très vite et nous souhaite la bienvenue. Les tensions retombent. Les sacs tombent. Nous les vidons. Quel soulagement d’être enfin arrivés. Fromages, charcuteries et bouteilles de vin ; voilà les présents que nous faisons à nos hôtes. La joie et la gourmandise se lisent dans leurs yeux. Nous faisons connaissance et commençons à en apprendre davantage sur leur travail ici et sur l’histoire de la Vallée. Le lendemain, après une nuit de sommeil bien méritée, nous partirons pour notre première journée d'observation pour suivre les archéologues sur le terrain.

 

Le site à été découvert par les scientifiques à la fin du XIXème siècle. On dénombre pas moins de 40 000 gravures figuratives réparties sur près de 4 000 roches. Deux types de dessins rupestres sont à différencier : les protohistoriques - protos - réalisés par percussion et formant des groupes de cupules datant de l’âge de bronze ; et les historiques - histos - incisés et inscrits dans la roche par les bergers et visiteurs dans des périodes plus récentes.

 

La plupart des protos sont des représentations de corniformes. Attelés, se battants ou seuls, ces animaux à cornes peuplent la Vallée et le Mercantour depuis près de cinq-mille ans. Carlo Conti fût l’un des premiers à les étudier et à les recenser de 1927 à 1942. Il n’est donc pas rare de croiser son “ C ” signature de son passage, elle aussi gravé sur les roches. En 1967, le muséum National d’Histoire Naturelle prend la relève avec les équipes d’Henry de Lumley. Le site est depuis étudié à la loupe. Chaque centimètre carré de roche à été étudié minutieusement et répertorié. C’est un travail de fourmi, d'autant que le site fait 1 400 hectares. Moulures, photographies, relevés sur celluloïds, plan de cheminement, pointages GPS ; toutes les techniques sont bonnes pour inventorier et cartographier le terrain.

 

Un peu plus en marge des études et des intérêts, les histos sont toutes aussi nombreuses mais beaucoup moins visibles. Elles témoignent du passage de pèlerins, de soldats et d'éleveurs en ces lieux. Ces graffitis des temps anciens racontent des histoires anodines de personnes lambdas qui ont traversés la Vallées. Certains bergers font le calcul et le compte de leur bétail, d’autres écrivent leur amour pour quelqu’un, des soldats de toutes guerres marquent leur passage avec des dessins salaces … De nombreuses générations d’artistes se sont succédées sur ces parois. L’inscription la plus ancienne retrouvée date du Ier siècle de notre ère et est écrit en latin. Au pied du Mond Bégo, nous pouvons lire : “ Hoc qui scripsit patri mei filium pedicavit ” - ce qui peut-être joliment traduit par “ Celui qui a écrit cela a sodomisé le fils de mon père ”. Une enquête vieille de deux-mille ans doit donc être ré-ouverte.

 

De nos jours, graver une roche n’est plus autorisé et est passible de poursuite juridique et d’une amende. Le parc étant classé Monument Historique, la zone ne doit plus être dégradée. C’est pour cela que les randonneurs n’ont plus le droit de sortir hors des sentiers du GR 52 - sauf accompagnés d’un guide. Seuls les archéologues peuvent se promener comme bon leur semble et courir après les marmottes.

 

Que ce soit pour les protos ou pour les histos, les interprétations sont nombreuses et peuvent différer selon notre propre imagination. Ces derniers sont plus simples à comprendre car il s'agit bien souvent de textes en italien.

 

Pendant des siècles et des siècles, l’église a tout fait pour interdire ces montagnes. Avec des orages fréquents, des vents violents, des animaux cornus gravés sur chaque pierre, des noms tels que la Cime du Diable ou le Lac du Diable ; les bergers ont fuit ces coteaux pensant qu’ils étaient habités par des démons. Il faudra attendre que certains propriétaires de bêtes, souffrant de ne pas pouvoir accéder à ces pâturages, montent eux même en ces lieux. Ils ont alors gravés leurs noms sur la roche puis sont redescendus aux villages pour prouver que rien ne leur était arrivé. La réputation diabolique du site s’est peu à peu estompée et les bergers ont pu regagner ces alpages verdoyants.

 

Petite anecdote du dernier jour et de la dernière heure. Nous sommes montés en contrebas du Mont des Merveilles pour admirer et découvrir l’une des gravure les plus populaires. Parmi les champs de “ dos de baleines ”, un drôle de petit personnage reste abrité à l’ombre d’une roche. Nommé le Sorcier (voir photo ci-dessous), cet anthropomorphe lève les bras au ciel comme pour implorer les Dieux. Dans ses mains, deux poignards sont tenus fermement. Peut-être s'apprête-t-il à faire un sacrifice pour que la pluie tombe ?! Quoi il en soit, ma montre n’a pas du tout appréciée cette rencontre. En effet, à mon retour au refuge, je me suis rendu compte que l’heure digitale ne correspondait pas à l’heure numérique et aucune de ces heures ne correspondaient à l'heure réelle. De plus, la date affichée était celle du 31 décembre alors que nous étions en plein mois d’août. Selon le guide d'utilisation de ma Casio, “ les aiguilles des heures et des minutes de la montre peuvent s’excentrer à la suite d’une exposition à un magnétisme puissant. ” Serait-ce là la preuve de la magie stagnante du site ? Au final, peu importe le mysticisme que l'on confère ou non à cette vallée car elle nous envoûte par sa beauté et par son histoire séculaire incroyable.

 

 

 

 

 

Pour en découvrir d'avantage : 

• Henry de Lumley et Annie Echassoux, La montagne sacrée du Bego, CNRS éditions, 2011

• Henry de Lumley, Le Mont Bégo, vallée des Merveilles et de Fontanalba, Monum Patrimoine , 200

 

 

Quelques exemples de gravures protohistoriques et historiques toutes prises sur l'énorme Dalle en Pente de la Vallée des Merveilles, à la tombée du jour

 

 

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