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Vallée des Merveilles - Dans la peau d'un archéologue

6 Aug 2017

 

 

 

7.30 - Une odeur de café se propage dans les airs et me tire peu à peu de mon sommeil difficilement acquis durant la nuit. La porte de la chambre s’ouvre. Telle une petite sourie qui se déplace sans faire de bruit, j'aperçois d'un œil encore endormi, Odile qui s’approche du pied de mon lit superposé. D'une voix bienveillante et calme, le début de ma journées et de mes aventures quotidiennes commence : “ Baptiste bonjour ”. Le départ est donné.

 

Nous sommes en plein cœur de la Vallée des Merveilles, dans le Parc National du Mercantour, à 2 135 mètres d'altitude. Le refuge appartient au musée de l'Homme de Paris. Ni eau courante, ni électricité, ni réseau téléphonique et ce pendant quatre jours. Nous voilà replongé près d'un siècle auparavant avec comme seul confort, les petites choses simples de la vie. Malgré tout je me sens bien dans cette environnement qui me rappelle mon séjour sur l'île de Rab en Croatie. Avec le panorama époustouflant qu'offre la Vallée en journée et la Voie Lactée qui illumine les nuits, tous nos soucis et tracas du quotidien sont laissés dans le coffre de la voiture, 1 000 mètres d’altitude plus bas.

 

Après une ou deux minutes pour laisser les connections neuronales se faire, je descends l'échelle de mon lit, les cheveux en bataille et encore vêtu de mon pyjama. Je me dirige ensuite vers la grande salle commune pour rejoindre mes compagnons. Étant l’un des premier à m'asseoir à cette énorme table en bois, je me sers. Tartines de Nutella et jus d'orange sont les ingrédients indispensables pour commencer sur les chapeaux de roue. Tout le monde commence à s'activer au refuge des savants. Rémi, Thierry et moi sommes venu nous perdre loin de tout pour découvrir ce site archéologique hors du commun et normalement inaccessible aux randonneurs. Odile est la responsable du chantier et du refuge. Elle a eu la gentillesse de bien vouloir nous accueillir et nous faire partager les recherches qu’elle mène depuis plus de trente ans. Durant cette saison, elle est assistée par Axelle, étudiante ingénieur en géologie qui se charge de prendre les relevés GPS des gravures.

 

Cette vallée est traversée par le GR 52 et le public a interdiction de dévier de cette route. Il s'agit pour nous d'une chance exceptionnelle de pouvoir sortir des sentiers balisés, de nous promener où bon nous semble à la recherche des glyphes protohistoriques et historiques. Peu de temps après notre arrivée, je me suis vu promu au grade de lecteur pour aider Axelle dans son travail et ainsi remplacer une autre stagiaire fraîchement partie. Après deux grosses heures d'une montée éprouvante, nous arrivons sur site de la Zone IV, Groupe IV, à 2 400 mètres d'altitude. La tâche est simple : tout d'abord, Axelle et moi cherchons les gravures grâce à l'énorme plan de cheminement écrit par Françoise Villain quelques année auparavant. Les indications peuvent être détaillées : “ Revenir jusqu’à la roche 13γ et descendre de six mètres vers l’Est en direction d’un affleurement de pélite verte patinée en orange… ”. Parfois malheureusement, les indications peuvent se résumer au simple mot “ Chercher ”. Ensuite Axelle enregistre la position GPS avec une précision de cinquante centimètres. Pour finir, Odile prend note du pendage de la roche, de sa taille et s'assure de la bonne nomination. Puis nous avançons et recommençons. Lire les instructions et trouver des dessins peut sembler rébarbatif et ennuyant mais l'on se prend très vite au jeu. Cela ressemble à une chasse au trésor avec un cadre de travaille gigantesques et magnifique.

 

Le parc du Mercantour compte deux sites majeurs : celui des Merveilles et celui de Fontanalbe. Ces deux terrains de jeux rassemblent environs 4 000 roches gravées pour plus de 40 000 gravures immortalisées dans la pierre. Ce n’est donc pas le boulot qui manque. La pause déjeuner se fait en plein cagnard car l'ombre est chère. A n'importe quel moment de la journée, il est également possible de croiser Stan le berger, accompagné de ses cent-cinquante brebis et de ses cinq chiens. Vers les 16.00, il est grand temps de rebrousser chemin. Les corps sont fatigués, la peau brulée par le soleil et la douche dans le lac se fait pressante. Heureusement, la descente va plus vite que la montée. La fin de journée se fait plus lentement. Tous crevés, nous prenons une collation, un café, discutons de la journée et préparons la suivante. Les quatre jours passés dans la vallée sont passés bien vite ... trop vite ... Même sans aucune notion d'archéologie, il est possible de se sentir utile et d'être empreint du passé ambiant. De l'âge du bronze jusqu'aux années 1970, des générations de bergers se sont succédées pour nous laisser des histoires et un patrimoine gravé unique au monde. Chaque jour à son lot de surprises et d'émotions. Un jour nous tombons sur un chamois mal-en-point destiné à une mort proche et le lendemain, une gravure nous raconte qu'un jeune berger a perdu deux de ses brebis il y a peu et il qu'il doit les retrouver pour ne pas se faire disputer.


Le retour à la civilisation est lui aussi assez dur. Une fois dans la voiture, le téléphone portable se met à sonner à tout va. Cinq messages SMS, quatre conversations Facebook et cent vingt cinq emails arrivent en même temps. Le calme n'est plus et le quotidien nous rattrape. Néanmoins, le plus urgent est de rallier au plus vite notre nouvelle étape pour se précipiter sous une douche bien chaude. Direction La Ciotat !

 

 

 

 

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