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L'Explorateur - d'après R. Kipling

26 May 2017

 

 

 

L’Explorateur

 

1898

 

adapté d’après un poème de R. Kipling

 

_____

 

 

“ Il ne sert à rien d’aller voir plus loin que la lisière de tes cultures ”

On m’a dit, et je les ai cru ; de retourner ma terre et d’y semer mes plants,

De choisir un terrain et de construire ma maison près de cette pâture

Nichée au-dessus des collines, là où s'échappent les sentiers adjacents.


Jusqu’à ce qu’une voix, comme une mauvaise Conscience réprouvée,

Nuit et jour dans un éternel Murmure, vint et me chuchota :

“ Quelque chose se cache. Va et repousse tes Limites. Va les trouver.

Quelque chose est perdu derrière Tout Ça. Il t’attend. Va ! ”

 

J’ai alors choisis de partir, fatigué d’attendre et sans en informer personne,

Me dérobant avec mes malles et mes chevaux, je suis parti sans aucune prière ;

Avec la conviction que bouger les montagnes ne pourra pas changer la donne,

Je me trouvais face à des cimes vertigineuses et abruptes qui me semblaient familières.

 

Pas à pas, je restais perplexe en contournant les flancs et en esquivant les collines,

Hâté de trouver de l’eau, de revoir les vastes prairies ;

De camper au dessus des arbres, sur les roches nues et sur la neige fine ;

Me sentant libre face au vent, je savais que j’étais en train de tomber dans une Féérie.

Je pensais la baptiser pour le chercheur ; mais le froid du Nord me trouva cette nuit ;

Gelant et tuant mes chevaux ; j’ai alors appelé cet endroit Désespoir.

Puis, le Murmure me réveilla de nouveau vers minuit :  

“ Quelque chose est perdu derrière Tout Ça. Au-delà! Va voir ! ”

 

Je sais alors, le temps d’un insistant ; sais que Son souffle était sur moi.

Encore une fois, il peut s’agir d’une illusion ; nombre de plus téméraires y sont restés,

Je pouvais retourner vivre au canton, mais … cette terrible idée me mettait en émoi.

Mais je l'ai pas fais ... je ne le ferai jamais. Je suis alors descendu vers un autre côté.

 

Jusqu’à ce que la neige tombe et couvre les fleurs, et que les fleurs deviennent fécondes,

Jusqu’à ce que les bois jaillissent des fourrés et que les ruisseaux débordent ;

Mais les bosquets devinrent épineux, et l’eau se fit peu profonde,

Me revoilà dans le désert ; le était ciel explosif et la terre brûlée de discorde…

 

Je me souviens la lueur du feu ; je me souviens d'être assis près d’elle ;

Je me souviens de ses visages, écoutant leurs voix à travers la fumée ;

Je me souviens de ces songes ; car je vivais une expérience sensorielle.

“ Quelque chose est perdu derrière Tout Ça ” étaient les seuls paroles scandées.

 

Je me souviens devenir fou. Je m’en souviens car j’étais lucide

Quand je m'entendais huer ces drôles de gens que je croisais.

Ce désert est plein d’illusions :  je le traversais grâce mes jambes toujours solides...

Et je regardais bouger mes pieds noirs et lourds comme des creusets.

 

Enfin le pays changea ; le pays des Hommes Blancs devint en un instant ;

Des étendues vertes et des forêts immenses, avec quelques collines au loin ;

Là, j’ai trouvé de la nourriture et de l'eau, j’ai pris une semaine de bon temps,

J'ai repris mes forces et j’ai oublié mes cauchemars. Puis j’ai continué mon chemin.

 

À partir de là commença ma survie ; j’ai choisi un arbre comme toit de chaume ;

Semaine après semaine, alors que je fouillais ; mes efforts ont été chanceux.

Saül qui allait chercher des mules, trouva grâce à Dieu un royaume !

Grâce à Dieux, qui m’envoya Son Murmure, j’ai été frappé de son mérite !

 

Le long des montagnes hostiles, là où la neige glisse comme une chevelure ;

Aux pieds des profonds marais tachetés de minerais encore inexploités,

Jusqu’à entendre le bruissement de rivières coulant à vive allure,

Au-delà des forêt inconnues et des plaines illimités !

 

Sites propice pour une civilisation future, fructueuse et douce ;

Près des rapides déchaînés vrombissant à l’allure de Pur-Sang ;

Les cascades serpent entre les sous-bois qui poussent ;

Les plantes nourricières attendent près de ce versant !
           

Je sais que d’autre s'en attribueront la découverte : ceux qui vont me succéder ;

Ils viendront par douzaine, sans jamais avoir connu les peurs du premier ;

En suivant les camps que j'ai quitté et en utilisant les trous d'eau que j'ai creusés.

Ils reviendront et en parleront. On les appellera les pionniers !

 

Ils trouveront la lisière de mon village ; mais pas celui de mes souvenirs.

Ils re-découvriront les rivières ; mais pas celles que j’entendais la nuit.

Avec mes propres marques laissées, ils me montreront comment y parvenir ;

Avec mes amas de pierres solitaires, ils guideront mes pas sans ennuis.

Ai-je nommé une seule rivière ? Ai-je revendiqué une seul lopin de terre ?

Ai-je gardé une seule découverte, un seul trésor ? Non, aucun !

Car ma récompense me fut donnée par le Créateur salutaire.

Mais vous ne comprendrez pas. Vous êtes trop occupés et mesquins.

 

Vous trouverez ici des gisements ; du bois et du bétail ; de l’eau potable,

Du charbon et du métal ; ainsi que des champs d’épeautre.

Dieu a prit soin de cacher son pays jusqu’à ce que l’Homme soit acceptable,

Puis Il m’a choisis pour être son Murmure, je l’ai trouvé et il est votre !

 

Oui votre “ à lisière des cultures ” ; oui, votre “ pays fastidieux ”

Et “ pas la peine d’aller plus loin ” ... jusqu’à ce que je franchisse vos lois.

Pardonnez moi ! Ce n’est pas moi. C’est le présent que nous fait Dieu.

N’importe qui aurait pût le trouver mais ... Son Murmure vint à moi !

 

La mosquée Sokollu Mehmet Pacha - Sokollu Mehmet Paşa Camii - Istanbul, Turquie

Rudyard Kipling, né à Bombay, alors en Inde britannique, le 30 décembre 1865 et mort à Londres, le 18 janvier 1936, est un écrivain britannique.

 

Ses ouvrages pour la jeunesse ont connu dès leur parution un succès qui ne s'est jamais démenti, notamment Le Livre de la jungle (1894), Le Second Livre de la jungle (1895), Histoires comme ça (1902), Puck, lutin de la colline (1906). Il est également l'auteur du roman Kim (1901), de poèmes (Mandalay (1890), Gunga Din (1865) et Tu seras un homme, mon fils (1910) sont parmi les plus célèbres) et de nouvelles, dont L'Homme qui voulait être roi (1888) et le recueil Simples contes des collines (1888). Il a été considéré comme un « innovateur dans l'art de la nouvelle », un précurseur de la science-fiction et l'un des plus grands auteurs de la littérature de jeunesse. Son œuvre manifeste un talent pour la narration qui s'est exprimé dans des formes variées.

 

De la fin du XIXème siècle au milieu du XXème siècle, Kipling est resté l'un des auteurs les plus populaires de la langue anglaise. L'écrivain Henry James écrit à son sujet :

 

« Kipling me touche personnellement, comme l'homme de génie le plus complet que j'aie connu. »

 

En 1907, il est le premier auteur de langue anglaise à recevoir le prix Nobel de littérature, et le plus jeune à l'avoir reçu (à 42 ans). Par la suite, il a refusé d'être anobli.

 

Cependant, Kipling a été souvent considéré comme un « prophète de l'impérialisme britannique », selon l'expression de George Orwell. La controverse au sujet des préjugés et du militarisme qui seraient présents dans son œuvre a traversé tout le XXème siècle.

 

Selon le critique littéraire Douglas Kerr :

 

« Il reste un auteur qui inspire des réactions de rejet passionnées, et sa place dans l'histoire littéraire et culturelle est loin d'être solidement établie. Cependant, à l'heure où les empires européens sont en repli, il est reconnu comme un interprète incomparable, sinon controversé, de la manière dont l'empire était vécu. Cela, ajouté à son extraordinaire génie narratif, lui donne une force qu'on ne peut que reconnaître. »

 

 

Sources :

• Wikipédia : fr.wikipedia.org/wiki/Rudyard_Kipling

• Douglas Kerr, University of Hong Kong, Rudyard Kipling, The Literary Encyclopedia, 30 mai 2002, The Literary Dictionary Company.

• Andrew Rutherford, 1987, préface à l'édition des œuvres complètes de Rudyard Kipling dans la collection Oxford World's Classics, Oxford University Press

 

 

 

 

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