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Zone d'exclusion, Ukraine - From Tchernobyl with love

21 May 2018

 

 

 

" Amour, 28 avril 86
Je suis encore dans le réacteur
Malgré que je désapprouve le fait de t'écrire
J'ose l'âme en peine t'écrire quelques mots doux sur un bout de papier
La vie n'est plus la même depuis la catastrophe ... "

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 28 avril 1986, les suédois tirent la sonnette d’alarme en mesurant un taux de radioactivité anormal venu de l’Est. L’URSS alors en pleine Guerre Froide est obligée d’avouer à l’Europe entière la tragédie qui vient de s'abattre. Deux jours plus tôt, dans la nuit du 25 au 26 avril à 01h23 très précisément, le coeur du réacteur numéro 4 de la centrale Lénine a explosé suite à un exercice de sécurité mal opéré, libérant ainsi un nuage radioactif sans précédent sur tout le continent. 

 

Le Kremlin fait tout pour cacher et minimiser l’ampleur de la catastrophe. A trois kilomètres de l’incident, la vie suit son court dans la ville tristement célèbre de Prypiat. Considérée comme une “ ville modèle de la patrie soviétique ”, ses 50 000 habitants sont évacués plus de 30 heures après l’explosion. Prévenus par une radio locale et escortés par l’armée, les consignes sont simples : emmener le strict minimum avec comme seule promesse un retour dans les deux ou trois jours suivants. Les meubles, la nourriture et les animaux sont laissés sur place. Une première zone d’exclusion de 10 kilomètres autours de la centrale est alors décrétée. Début mai, une seconde zone de confinement est levée. Dans un rayon de 30 kilomètres s'étendant au Nord de l’actuelle Ukraine et au Sud de la Biélorussie, plus de 200 000 personnes sont contraintes de quitter ce territoire devenu hostile pour la vie humaine. Lorsque le personnel reviendra dans la ville quelques semaines plus tard, elle ne sera plus qu'une zone de mort pestilentielle.

 

Des équipes de pompiers sont ensuite envoyées sans protection pour tenter de maîtriser les différents incendies. Beaucoup d’entres eux mourront des suites de leur exposition aux radiations. Puis vient le tour de travailleurs volontaires civils et militaires venus aider à détruire et enterrer 300 000 m² de déchets et poussières radioactifs. Entre 1986 et 1991, près de 600 000 hommes servant la patrie se relaient sans aucune distinction de titre, de grade, ou d'origine. On les nomme les “ liquidateurs ”. A la surprise générale, la centrale de Tchernobyl continue de fonctionner malgré l’incident qui vient de se produire. Il faudra attendre 1991 pour que les autorités arrêtent le réacteur n°2 et 2000 pour l'arrêt définitif du site et du réacteur n°3.

 

Deux mois après l’accident, un immense sarcophage d’acier et de béton est construit au dessus de la centrale pour tenter de contenir les émissions radioactives. Sa durée de vie n’est pas illimitée et est estimée à 30 ans. Un concours international est donc lancé en 1992 pour concevoir une seconde enceinte de confinement et de sécurité plus résistante afin de démanteler celle déjà existante. Le groupe français Vinci Construction remporte le contrat. Leur projet est de construire une arche mobile couvrant le réacteur entier. Pesant 3,5 fois le poids de la Tour Eiffel et pouvant abriter le Stade de France ou la Statue de la Liberté, cette structure - la plus grande jamais construite - garantie un rempart hermétique aux radiations pour les cent prochaines années. Ce projet débute en 2007 et se termine en 2016. 

 

Malgré l'ampleur des moyens mis en oeuvre pour limiter les dégâts, entre 4 000 et 100 000 personnes seraient mortes des suites des retombées radioactives.

Retombés qui ne sont jamais venues en France au passage ! En effet, le 30 avril 1986, Antenne 2 présente un bulletin météo lors de son JT du soir qui reste dans les annales de la télévision française. La présentatrice Brigitte Simonetta proclame que l’anticyclone des Açores protège le pays du nuage venu de l’Est et qu’il “assurera une véritable barrière de protection”. Le panneau STOP sur la carte de l'Europe en atteste ! 

 

Plus de trente ans après la catastrophe, il est aujourd’hui possible de visiter ce lieu devenu emblématique. De nombreuses agences ukrainiennes, russes et même françaises proposent des journées ou des week-ends d’exploration dans les villes de Tchernobyl et de Prypiat.

Le départ se fait au petit matin depuis la gare centrale de Kiev. Avant de monter dans le bus, le contrôle des passeports est obligatoire. Pour rentrer dans la zone d’exclusion, il faut avoir des autorisations du gouvernement et la moindre lettre différant entre nos papiers d’identités et la réservation internet peut nous fermer l’accès aux checkpoints de sécurités. Vient ensuite la distribution - ou du moins la location - des compteurs geiger, puis nous voilà partis pour deux bonnes heures de bus en direction de la frontière Biélorusse.

 

Après avoir passé le premier poste de contrôle de Dityatki, nous nous arrêtons visiter l’un des nombreux villages évacués. Perdus dans la forêt, les maisons en bois et les bâtiments soviétiques sont à peine visibles. Un petit sentier nous mène à cette civilisation perdue au milieu de la verdure et des nuées de moustiques mutants et affamés. La poste, le théâtre, les voitures désossées, le jardin d’enfants, tout est resté en état … ou presque … La nature a repris peu à peu la place qui lui était due mais les bouteilles en verres, les pages de journaux, les jouets d’enfants, tout est figé sur place comme si les habitants avaient désertés les lieux la semaine dernière.

A l’approche de certains objets ou de certains arbres, nos compteurs s’affolent et peuvent afficher trente fois la quantité normale de becquerels. Notre exposition se doit donc d’être brève et il est important de ne rien toucher pour ne pas contaminer notre peau et notre sang.

Puis, les chiffres continuent de grimper et un dôme gigantesque et brillant au soleil apparaît au détour du route. Le mythique réacteur n°4 se dresse devant nous entouré de son manteau de métal isolant. Notre bus en fait le tour et nous nous garons près de l’entrée. Cinquante mètres devant nous se dresse le point d’impact de la plus grande catastrophe atomique de tous les temps. Deux-cents bombes comme celle larguée sur Hiroshima ont déversées leur puissance et leur furie en un instant et je me trouve à cet endroit. Les frissons et l’émotion montent petit à petit. Il est assez difficile de décrire la sensation que l’on ressent au pied de cet immense coupole de tôles tout comme il est impossible d’imaginer la violence de la déflagration qui a sévi peu de temps avant ma naissance. Les enfers se sont ouverts sur Terre créant ainsi une brèche qui ne pourra jamais se refermer et qui éradique toute vie possible sur 10 km à la ronde, marquant ainsi notre mappemonde d’un point noir indélébile. 

 

 

Après une pause déjeuner assez spartiate non loin du réacteur, il est temps de se diriger vers la tristement célèbre ville de Prypiat. Lorsque l’on compare des photos d’avant la catastrophe et d’aujourd’hui, le choc est au rendez-vous. Les arbres et la végétation ont poussé de partout. Les grandes places et les grandes avenues n'existent plus. Le stade olympique s’est transformé en forêt. Seule la route principale reste défrichée, témoignant du va-et-vient de touristes qui l'empruntent quasi quotidiennement. Il ne faut pas être dupe, les objets que l’on trouve disséminés ça et là sont agencés et théâtralisés pour la photo. Mais l'ambiance elle est bien présente et est réelle. Prypiat est devenue une ville fantôme où résonnent encore les cris de joie des enfants près de la grande roue et des autos-tamponneuses. Fierté du communisme, tout a disparu pour ne laisser que de lointaines traces du passage des hommes. Plus nous avançons dans ce qui reste des rues et plus nous devenons les témoins d’un scénario post-apocalyptique digne d’un film. Un saut dans le temps est fait et nous sommes transporté sur une Terre débarrassée de son humanité. Les vestiges d’une époque révolue se dressent tant bien que mal attendant une nouvelle chute et une atmosphère meilleure. Faut il aller visiter ce site ? Je dirai que oui pour mettre en garde les générations futures et pour apprendre de ses propres yeux, les leçons d’Histoire que l’on nous enseignait étant petit.

 

 

 

 

 

La journée se termine à quelques kilomètres de là, en plein coeur de la forêt contaminée. Sortie de nul part, la base militaire secrète Duga-3, se dresse au milieu des arbres. Ce mur d'antennes colossales de 300 mètres de haut servait à diffuser des fréquences radios dans le monde entier par l’Union soviétique. En fonction entre 1976 et 1989, ces antennes balayaient le globe à la recherche de missiles. Leur seule fonction était donc de fournir une alerte précoce à des attaques nucléaires contre la Sainte Mère Patrie, deux à trois minutes après le lancement d’un de ces engins (le temps de vol des missiles entre les États-Unis et l'URSS étant de 25 à 30 minutes). Le problème est que ces ondes radios se sont vites faites repérées par le reste du monde et elle furent ainsi surnommées Pic-vert russe et une triangulation détermina leur provenance. Après l’arrêt définitif de ses fonction, cette dernière devait être démantelée mais la radioactivité des matériaux ont eu raison du projet. Duga-3 reste encore aujourd'hui la plus grande antenne directionnelle du monde.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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