Longyearbyen, Svalbard - Le Spitzberg en 100 photos 2/2


On se représente, n’est ce pas, ce lieu, où tout est froid et inerte, enveloppé d’un silence profond et lugubre ? Et bien, c’est tout le contraire qu’il faut se figurer ; rien ne peut rendre le formidable tumulte d’un jour de dégel au Spitzberg.

La mer, hérissée de glaces aiguës, clapote bruyamment ; les pics élevés de la côte glissent, se détachent et tombent dans le golfe avec un fracas épouvantable ; les montagnes craquent et se fendent ; les vagues se brisent furieusement contre les caps du granit ; les îles de glace, en se désorganisant, produisent des pétillement semblables à des décharges de mousqueterie ; le vent soulève des tourbillons de neige avec de rauques mugissements ; c’est terrible et magnifique ; on croit entendre le choeur des abîmes du vieux monde préludant à un nouveau chaos.

On n’a jamais rien vu de comparable à ce qu’on voit et à ce qu’on entend là ; on n’a jamais imaginé quelque chose de pareil, même en rêve ! Cela tient à la fois du fantastique et du réel ; cela déconcerte la mémoire, hallucine l’esprit et le remplit d’un indicible sentiment, mélange d’épouvante et d’admiration !

Léonie d'Aunet, Voyage d'une femme au Spitzberg, Hachette, 1854, p.174