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Siem Reap, Cambodge - Angkor et ses merveilles

27 Jan 2019

 

 

 

" Avant de m’éloigner, je lève la tête vers ces tours qui me surplombent, noyées de verdure et je frémis tout à coup d’une peur inconnue en apercevant un grand sourire figé qui tombe d’en haut sur moi … et puis un autre sourire encore, là-bas sur un autre pan de muraille … et puis trois, et puis cinq, et puis dix, il y en a partout, et j’étais surveillé de toutes parts … Les « tours à quatre visages » ! Je les avais oubliées, bien qu’on m’en eût averti. Ils sont de proportions tellement surhumaines, ces masques sculptés en l’air, qu’il me faut un moment pour les comprendre ; ils sourient sous leurs grands nez plats et gardent les paupières mi-closes, avec je ne sais quelle féminité caduque ; on dirait de vieilles dames discrètement narquoises ; images auxquelles depuis des siècles, ni le lent travail de la forêt, ni les lourdes pluies dissolvantes n’ont pu enlever l’expression, l’ironique bonhomie, plus inquiétante encore que le rictus des monstres de la Chine. […] Les grandes figures de Brahma, « les vieilles dames débonnaires », si sournoises et peu rassurantes l’autre soir dans le crépuscule, je les retrouve partout au-dessus de ma tête, avec ces sourires qui tombent sur moi d’entre les fougères et les racines. Elles sont bien plus nombreuses que je le croyais ; jusque sur les tours les plus lointaines, j’en aperçois toujours, coiffées de couronnes et le cou ceint de colliers. Mais, en plein jour, combien elles ont perdu de leur pouvoir effarant. Ce matin elles semblent me dire : « Nous sommes bien mortes, va, et bien inoffensives ; ce n’est pas d’ironie que nous sourions ainsi les paupières closes, c’est parce que nous avons à présent la paix sans rêves » […] Ces tours, avec leurs formes trapues et leurs rangs superposés, on pourrait les comparer, en silhouette, à de colossales pommes de pin, mises debout […] Pour mes yeux d’occidental, c’est surtout une impression d’incompréhensible et d’inconnu qui se dégage de ces choses mortes […]  « Nous ne te connaissons pas, me disent-ils. Nous sommes des conceptions à jamais inassimilables pour toi. Que viens-tu faire chez nous ? Va-t’en ! ». Du reste, à mesure que le soleil monte et flamboie davantage au-dessus de la voûte épaisse des branches, une lourdeur progressive ralentit nos pas : nous marchons comme enveloppés de plus en plus par une sorte d’agressive poussière dansante et scintillante, qui est un tourbillon de moustiques, et c’est avec une lassitude un peu fiévreuse que nous continuons d’errer dans cette forêt des sombres enchantements … , linceul d’une ville. "

 

Pierre Loti, Un Pèlerin d’Angkor, 1901

 

 

Que rajouter à ces lignes ... Comment décrire la magnificence de ce site perdu dans la forêt cambodgienne ... Les mots sont difficiles à trouver pour retranscrire l'émotion que l'on ressent en foulant la terre des temples d'Angkor ... Ce souvenir et la découverte de cette nature presque intacte nous plonge dans la peau d'explorateurs pionniers. Nous avons l'impression d'être les premiers à découvrir ces merveilles cachées dans la jungle ... et les 3 à 5 millions de touristes annuels n'y changeront rien à cette effet ... 

 

L'empire Khmer voit le jour à partir du Ier siècle sur les rives du Mékong mais il faut attendre le IXe siècle pour que Jayavarman II unifie les princes khmers et libère ces peuples de l’emprise des javanais. L'âge d'or de l'empire Khmer débute alors, ainsi que la construction des temples d’Angkor. L'empire englobe à cette époque une partie de la Thaïlande, du Laos et du Vietnam mais les luttes entre hindouistes, bouddhistes, môns, khmers et chams finissent par mener le royaume à son déclin au milieu du XVe siècle. 

Un peu plus tard et en sautant quelques étapes, la France intervient en 1863 et offre sa protection au Cambodge. Le Roi Norodom Ier accepte le protectorat qui se tiendra jusqu’à la seconde Guerre Mondiale. L’indépendance du Cambodge est accordée en 1953. Quinze ans plus tard, le parti communiste Khmer prend les armes et en avril 1975, les khmers rouges prennent le pouvoir. Le pays est alors transformé en gigantesque camp de travail forcé, les forces de Pol Pot tuent plus d'1 millions de personnes et les heures les plus sombres du pays s'écrivent dans le sang. Cela ne va pas s'arrêter là ... 

 

Pendant ces temps de guerre et de prises de pouvoir, que deviennent les temples ? Ils tombent tout simplement dans l'oublie le plus total. Peut-être est cela qui leur a permis de survivre et de rester quasi intacts jusqu'à aujourd'hui.

 

En 1570, les explorateurs espagnols et les portugais ont été les premiers à parler des civilisation d’Angkor mais il faut attendre Jean-Pierre Abel-Rémusat qui publie en 1819 les Description du royaume de Cambodge par un voyageur chinois qui a visité cette contrée à la fin du XIIIe siècle, précédée d'une notice chronologique sur ce même pays, extraite des annales de la Chine. Lors de la conquête de la Cochinchine par la France en 1861, le naturaliste Henri Mouhot et l'abbé Sylvestre explorent la région et mettent à jour deux des temples les plus célèbres à savoir Angkor Vat puis d'Angkor Thom. De nombreuses missions d'exploration se succèdent ensuite pendant plus d'un siècle et l'UNESCO lance en 1993 un programme de préservation du site après l’avoir classées au patrimoine mondial une année plus tôt.

 

Angkor est probablement le site le plus beau et le plus inoubliable que j'ai vu de ma vie. Malgré une chaleur des enfers, une humidité accablante et une soleil de plomb, l'air étouffant n'a pas eu raison de ma patience ou de ma raison. Durant huit heures non stop et des litres d'eau bus - reperdus aussi tôt - j'ai déambulé, étudié, scruté la moindre sculpture et le plus petit des bas reliefs qui défilaient devant moi. Je me suis levé à quatre heures du matin pour assister à l'un des plus beau levé de soleil au monde. Un tel spectacle vaut tous les sacrifices et si je ne prone généralement pas le tourisme de masse, il y a bien un endroit ou il faut aller au moins une fois dans sa vie, ce sont les temples d'Angkor. 

Le plus beau à mes yeux reste celui de Bayon avec ses centaines de visages suspendus et figés dans le temps. Pierre Loti les décrit si bien ainsi que la première sensation qui vous prend lorsque nous les voyons - ou lorsqu'ils nous observent je ne sais pas très bien ... 

Ce lieu est rempli de magie et je pourrais y aller tous les jours pendant une année sans jamais le lasser de cette beauté.

 

Angkor restera à jamais gravé en moi et sur moi ... 

 

 

 

 

 

  

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