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Sameblod, Amanda Kernell - Introduction à l'histoire des Sames

14 Mar 2017

 

 

 

Peu connue en Europe (voir même en Scandinavie), l’histoire de la ségrégation des populations autochtones de Laponie est mise à l’honneur cette année 2017 en France, lors d’une projection à Créteil dans le cadre du Festival de Films de Femmes.

 

Sameblod, littéralement traduit par Sang Same, est le premier long métrage réalisé en 2016 par la jeune suédoise Amanda Kernell. Projeté aux festivals de Göteborg, de Luxembourg, de Berlin…, ce film est toujours accueilli avec un grand succès. 

 

L’histoire se déroule dans les années 1930. Elle Marja 14 ans et de sa jeune soeur Njenna, vivent dans le comté du Norrbotten, tout au Nord de la Laponie Suédoise. Issues de parents éleveurs de rennes et de grands parents pêcheurs, elles sont envoyées au pensionnat pour enfants Sames.

 

Une chance leur est alors offerte de suivre un apprentissage “comme à la ville” : langue Suédoise (dite officielle), règles de bienséances, poésie, religion et diverses autres matières. Malheureusement, tout ceci n’est que de la poudre aux yeux servant à instrumentaliser les jeunes générations Sames et ainsi faire peu à peu mourir leurs cultures, leurs traditions et leurs langues (extrait).

En effet, à mesure qu’Elle Marja se “civilise” et se formate à la mentalité Suédoise, elle nourrit l’espoir de devenir un jour professeur à l’instar de son institutrice (venue de l'Östergötland). Même si elle est une élève modèle, son enseignante lui avoue que cette idée est utopique car “le cerveau Lapon n’est pas fait pour survivre en ville et son destin est de suivre la voie tracée par ses ancêtres”.

 

Des tests raciaux obligatoires  et humiliants sont organisés dans cette école afin enrichir les études anthropologiques sur cette race (extrait). De plus, le rejet et le racisme des habitants de la région envers ces “sales Lapons” est monnaie courante.

 

Elle Marja décide alors d’abandonner sa soeur, sa famille, son mode de vie et sa terre natale pour chercher une nouvelle vie plus au Sud et suivre des études dignes de ce nom à Uppsala, au Nord de Stockholm.

 

Ce film est émouvant et nous raconte la triste réalité que ce peuple a vécu il n’y a pas si longtemps. La vie de cette jeune fille est partagée entre ses racines et l’appel de l’ailleurs. Elle finira par renier les siens, mais le sang qui coule en elle restera à jamais le même, celui d’une Same.

 

Sameblod connaît un réel enthousiasme en Suède. Son histoire peut toucher n’importe quel spectateur, mais il est nécessaire d’avoir quelques notions de culture Same pour en comprendre tous les détails. Au début du film par exemple, Elle Marja se fait attraper par une bande de jeunes hommes qui l’immobilisent et qui lui entaillent une oreille au couteau. Pour comprendre ce passage, il faut savoir que les rennes subissent le même sort afin d’en identifier le propriétaire (extrait) (article sur les marques). Ici, la jeune fille est marquée à vie de façon traditionnelle ce qui sera pour elle une véritable honte et un handicape identifiable par tous.

 

Cette histoire de discrimination ne fait que malheureusement se répéter. Depuis les premières expéditions dans le Grand Nord il y a quelques siècles, des pasteurs sont venus pour prêcher la parole divine en terre Sapmi. En quelques années, ils ont réussi à éradiquer les croyances chamaniques pour y installer celle du Dieux unique.

Aujourd’hui encore, les grandes industries énergétiques tentent de s’installer sur ces terres ou se nourrissent et migrent des milliers de rennes. Principales sources de revenues en Laponie, destruction de la biodiversité et rupture avec mode d'un vie ancestrale, cet équilibre est sur le point de se briser au profit des plus offrants.

 

Heureusement, de nouveaux groupes d’artistes Sames contemporains très engagés (dont pourrai très bien faire partie Amanda), se dressent devant le système et militent face à ces injustices. Les Sames ont depuis les années 90 un parlement leur servant de porte parole mais la encore, cet hémicycle a été créé pour les calmer et freiner leurs revendications.

 

Ces jeunes générations ont donc un rôle important à jouer : celui de faire entendre leurs voix et de faire respecter leurs droits en tant que peuple indigène.


Pour rappel, n’oublions pas que les Lapons comme on les appelle, sont arrivés sur ce continent bien avant nous, Europoïdes…

 

 

Bande annonce : Sameblod trailer

 

Sami Blood © Sophia Olsson

 

En découvrir d'avantage : 

• Rolv R. GJESSING - Die Kautokeinolappen, eine anthropologische studie, Instituttet for Sammenlignende Kulturforskning, 1934

• Christiant MERIOT - Tradition et modernité chez les Sames, l'Harmattan, 2003

• Jean-Marie MONTIER - Les lapons, Étude d'une minorité scandinave, Presses universitaires de Caen, 1970

• Olivier TRUC - La politique eugéniste est aux racines de la société suédoise, l'Humanité, 2016

• Nils-Aslak VALKEAPÄÄ - Migrante est ma demeure, Cénomane, 2008

• The Swedish Institute for Racial Biology

 

 

 

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