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Matthieu Tordeur - La cerise sur le gâteau Antarctique

21 Jun 2019

  

 

 

Matthieu Tordeur

Aventurier et conférencier

Rencontre du 18 juin 2019

 

 

 

 

 

Alors qui je suis ... Pour commencer je pense que je suis un rêveur ! Normand d'origine, j'ai passé mon enfance et ma scolarité à Rouen et à la suite de mon bac, je suis parti faire mes études en Angleterre, à Londres dans une fac qui s'appelle King's College. Ça m'a je crois un petit peu ouvert les yeux sur le monde car dans cette fac londonienne j'étais au contact d'énormément d'étudiants étrangers. Dans ma classe il y avait des Allemands, des Anglais, des Américains et bref on était pleins de nationalités représentées. Ce cursus a duré quatre ans, trois à Londres et une année à Berlin au cours et duquel je suis parti faire un tour du monde en 4L ... Mais pour répondre à la question car je suis déjà en train de m'éloigner, je pense que je suis un rêveur, un voyageur, et un homme de projets. Ces projets de voyage, je les mène depuis ma tendre enfance car j'ai commencé de rêver avant même de savoir lire en regardant Tintin et Milou. C'est un peu absurde mais j'avais ces BD dans les mains et je me souviens que je parcourais ses aventures sans comprendre ce qui s'y passait, mais je bouquinais. Je pense que ça a été une fenêtre sur le monde pour moi parce que très tôt j'ai remarqué que l'on ne parlait pas français partout, ou qu'il y avait d'autres cultures en dehors de la nôtre. Comme Tintin se balade aux quatre coins du monde, il voyage partout, j'ai grandi avec cet imaginaire-là si bien que quand j'ai vieilli, j'ai voulu monter mes propres aventures. J'ai été scout pendant 10 ans et je pense que ça a aussi été quelque chose d'assez fondamental dans ma construction parce que très jeune j'étais au contact de la nature et ça m’a permis de monter des projets d'équipe assez tôt. Donc les projets de voyage existent en fait depuis longtemps. Ensuite je suis parti à l'aventure à l'âge de 18 ans pour traverser une partie de l'Europe de l'Est à vélo, puis après il y a eu le tour du monde dont je parlais pendant mes études supérieures et tout ça s'est professionnalisé au fur et à mesure des expéditions et des voyages, jusqu'à aller en Antarctique l'année dernière, en novembre 2018, une aventure dont je suis revenue il y a quelques mois en janvier 2019. Donc je suis un jeune rêveur, voyageur, qui aime les aventures et les expéditions, qui aime aussi les partager sous plein de formes car aujourd'hui je fais des conférences, des films, des livres, des photos ... Parce que raconter des histoires c'est ça qui me plaît.

 

Quels étaient tes rêves quand tu étais petit ?

 

Je rêvais évidemment de découvertes et de voyages mais ce dont je rêvais le plus fort je pense que c'était d'avoir une existence libre. J'ai toujours placé la liberté au-dessus de tous, non pas que je ne me sente pas libre en France, mais être libre dans ma vie professionnelle c'est quelque chose dont j'ai beaucoup rêvé étant jeune. J'ai grandi dans une famille où mes parents sont de profession libérale, ils sont tous les deux médecins, et si tu veux je les ai beaucoup vu travailler, mais aussi prendre du temps pour eux et prendre des vacances. Donc j'ai grandi avec ce schéma-là et le peu de stages que j'ai faits au cours de mes études, je devais évidemment rendre des comptes à quelqu'un, venir à certaines horaires ... Je n'étais évidemment pas réfractaire à tout ça mais je trouve que ça empiétait un peu sur ma liberté. Aujourd'hui je suis indépendant et je ne changerai jamais - en tout cas pour le moment - de position. Il y a une satisfaction et une responsabilité aussi forcément à être indépendant. Donc quand j'étais petit je rêvais évidemment de grands voyages, de grandes découvertes, de grandes expéditions, mais aussi de vivre cette liberté, à la fois professionnellement parlant, mais aussi liberté de pouvoir partir un peu quand on veut et faire un peu ce que l'on veut. C'était ces deux éléments là et Tintin m'a inspiré à partir à l'aventure tout en essayant de vivre une existence à assez libre.

Quand j'étais vraiment gosse je voulais être Tintin ! Je voulais être reporter donc j'ai d'abord rêvé d’être journaliste et après, en m'intéressant de plus près à ce métier, je me suis dit que je n'aurais peut-être pas la force mentale et la persévérance de faire ça. Ce n'est pas un aveu d'échec mais je crois que ce n'était pas complètement fait pour moi, je n'avais probablement pas le talent pour faire ce métier. Finalement ce que je fais aujourd'hui n'est pas du journalisme, mais il y a une dimension un peu de partage, d'histoire vécue, ou en tout cas de rencontres que je peux faire parce que je documente énormément mes expéditions avec des photos, avec des textes et avec des films. J'ai donc un peu dévié du reportage car maintenant je ne fais pas mes expéditions que pour ça, mais il y a cet aspect de partage et de transmission qui est très important. C'est en quelque sorte une autre forme de journalisme sauf que je ne fais pas d'information mais plus du divertissement pour raconter des histoires qui sont peut-être un peu moins mises sur le devant de la scène parce qu'on les connaît moins et parce que je vais dans des endroits un peu reculés comme la Corée du Nord où comme l'Antarctique.

 

Comment penses-tu tes projets ?

 

De plusieurs manières ... Aujourd'hui j'ai la chance de m’être pas mal baladé et il y a des endroits qui m'attirent naturellement un peu plus que d'autres mais plus j'avance et plus j'ai l'envi d'aller dans des endroits qui sont peu parcouru et plus reculés. Je pense que c'est aussi lié au fait que je suis allé dans des lieux assez exceptionnels mais plutôt touristiques comme Phnom Penh au Cambodge ou comme le Machu Picchu au Pérou. Quand on a vu ces incontournables - et il faut les voir évidemment, enfin si on a la chance d'y aller - on a aussi envie d'aller dans des endroits qui sont moins courus parce qu'on va y rechercher d'autres choses.

Après comment je pense mes aventures, justement j'essaie d'aller dans des endroits qui m'intéressent mais qui sont un peu plus reculés et un peu moins parcouru, c'est la première chose. Ensuite j'essaie toujours d'utiliser un moyen de transport un peu nouveau, un peu différent. Moi je suis un spécialiste de rien, j'ai fait un peu de 4L, un peu de vélo, un peu de moto, un peu de ce stop, un peu de ski avec un traîneau, j'ai fait des voyages à pied aussi, je n'ai jamais fait de voyage avec un animal mais ça me tenterait pas mal de faire quelque chose avec un dromadaire, un chameau, un cheval ou encore un âne ... Mais aujourd'hui je conçois mes aventures en fonction de la géographie, en fonction des endroits spécifiques qui m'intéressent et puis quels moyens je vais utiliser. Est-ce que je vais utiliser un vélo ? Est-ce que je vais utiliser un moyen de transport motorisé ? C'est vraiment l'expérience de l'endroit et du moyen de transport qui m'intéresse.

Après ce qui est fondamental comme j'en ai fait un métier, je m'interroge toujours sur, est-ce que si personne n'entendait parler de cette aventure, est ce que j'irai quand même ? Est-ce que si je pars faire telle aventure, si je ne communiquais pas dessus, si je ne faisais pas de poste pour les réseaux sociaux, pas de film, pas de photo, pas de publication à la suite, est-ce que je partirai quand même ? Si la réponse est non, et bien c'est que je pars pour des mauvaises raisons. Si cette réponse est oui, c'est probablement que l'expédition en question vaut le coup d'être vécue. C'est toujours une frontière un peu ténue parce que quand on fait un métier bah forcément tu dois bouffer et donc c'est difficile parfois de se poser ces questions-là mais j'essaye de me la poser en permanence. Est-ce que les raisons pour lesquelles je fais ce métier-là sont toujours les bonnes ou est-ce que c'est un peu en train de se dénaturer parce qu'il faut derrière il faut vendre l'histoire et pouvoir se dégager un revenu ... Souvent je me demande ça ... Donc où ? Quel est l'endroit ? Quel moyen ? Et est-ce que je le fais pour les bonnes raisons ?

Une fois la destination choisie, je me nourris énormément de l'expérience des autres, que ce soit des voyages récents, modernes, ou passés. Je regarde qui est passé avant moi, qui sont les gens qui s'intéressent à la région, qu'ils soient scientifiques, photographes ou naturalistes, histoire d’avoir un beau panel de la région en question. On trouve quand même plein de choses aujourd'hui, c'est hallucinant. Après je m'interroge sur la faisabilité et sur l'intérêt que les gens peuvent avoir à l'issue de l'aventure. Parfois c'est un vrai travail assez méthodique. L'antarctique par exemple ce n'est pas une expédition qui s'improvise donc ça demande beaucoup d'entraînement à la fois sur le plan physique, mais aussi sur le plan du test du matériel et de l'alimentation. Pour ça je me suis entouré de professionnels, de mecs qui connaissent le terrain et qui y vont tous les ans. Sinon pour des expéditions plus court terme qui demandent moins de préparation, j'essaie de pas non plus tout préparer de manière millimétrée parce que pour moi les aventures c'est aussi ça qui est marrant, c'est de s'adapter et trouver des solutions, autrement ce n'est plus une aventure. Je pense par exemple à une expédition que j'ai fait en août l'année dernière qui consistait à traverser le Sahara du Nord au Sud en partant du Caire en Égypte, jusqu'à Khartoum au Soudan. Là on était parti en vélo électrique, on a traversé le désert en restant sur la seule route qu'il y avait. On n'avait rien préparé mais on s'était dit qu'il suffisait de suivre le Nil et qu'on trouverait à bouffer, des villes et donc de l'électricité pour recharger nos vélos. À partir de ce moment-là, il nous faut un visa pour le Soudan et des billets d'avion c'est tout, le reste on verra bien. Donc tout dépend de l'endroit dans lequel je vais mais du moment qu'on a une carte bleue et un smartphone c'est tout. Aujourd'hui c'est à la fois la beauté de notre temps mais aussi le côté un peu triste car finalement on peut partir où on veut et s'en sortir très bien.

 

Du coup le projet Antarctique sort d'où ? Car pour le coup tu ne peux pas y aller quand tu veux.

 

Non effectivement l'Antarctique, pour une expédition comme la mienne, tu peux y aller seulement trois mois par an pendant l'été austral où il fait moins froid que pendant l'hiver. En ce moment c'est l'hiver et il peut faire -50°, -60° sur l'ensemble du continent. Moi quand j'y étais les températures étaient plutôt autour de -30° donc deux fois moins. Il faisait aussi jour tout le temps donc ça veut dire que les opérations logistiques d'avion ainsi que les bases pour les quelques visiteurs sont ouvertes. Pour préparer tout ça il faut s'y prendre vraiment en avance parce que toute cette organisation logistique demande beaucoup de préparation et il faut donc solliciter pas mal de personnes en amont.

Après comment ça m'est venu ... Moi ça répondait à deux choses. La première c'était que j'étais fasciné par l'Antarctique depuis que j'étais gosse. J'avais lu les récits des premiers explorateurs polaires comme Scott, Shackleton, Amundsen et puis des récits plus modernes comme celui de Jean-Louis Étienne ou d'autres explorateurs anglais. À force cette fascination pour ce continent Antarctique est devenue trop forte et je rêvais de le fouler, de le toucher et de vraiment le ressentir, c'est quelque chose qui était plus fort que moi. Donc à un moment je me suis juste dit que je devais y aller mais comment ? Quand ? Avec qui ? Et finalement j'ai décidé d'y aller tout seul parce que ma seconde motivation c'était que je voulais faire l'expérience de la solitude. Je suis diplômé de Sciences Po que depuis le mois de juin, je trouvais que c'était le bon moment dans ma vie pour faire un pas de côté entre le moment où tu finis tes études et où tu te lances sur le marché du travail pour devenir indépendant. Je trouvais que c'était le bon moment pour le faire parce que je voulais prendre le temps, à la fois de l'introspection, mais aussi de la contemplation, essayer de ralentir un peu le rythme effréné dans lequel on est tous quand on vit dans des grandes villes, avec des engagements de partout. Là je voulais vraiment avoir ces 50 jours à moi et rien qu'à moi sans engagement, sans téléphone qui sonne et donc ce sont ces deux raisons qui m'ont poussées à entreprendre cette aventure-là en Antarctique et en solo.

 

Cette solitude tu penses que tu aurais pu la trouver autre part si l’Antarctique n’avait pas été possible ?

 

Oui je pense qu'il y a plein d'endroits, on n'est pas obligé de partir en Antarctique pour s'isoler. Tout de suite je pense à un mec comme Sylvain Tesson qui a été la chercher près du lac Baïkal dans une cabane. C'est un voyage immobile parce que lui est vraiment resté six mois là-bas. Donc oui on peut la trouver ailleurs. Ce qui est intéressant c'est que cette solitude a été choisi car la solitude subie, par exemple chez les gens qui vieillissent seuls, c'est assez terrible. En revanche on peut choisir de la vivre dans plein d'endroits. Moi je voulais vraiment m'extraire du monde pour la vivre. Quand je faisais un 360° autour de moi il n'y avait rien ni personne, pas un animal, du blanc à perte de vue, mais voilà on peut aussi aller dans le désert du Sahara, au Groenland, dans la jungle, ou encore faire un voyage à la voile. Ce que je voulais c'était me confronter aux éléments pour renouer un peu ce contact avec la nature qu'on perd de plus en plus, puis aussi renouer un contact aussi avec le temps et l'espace parce que en Antarctique il fait jour tout le temps donc cette notion de temps est particulière. Aujourd'hui on va en Australie en 20 heures d'avion ... Moi je me suis déplacé pendant deux mois à la vitesse moyenne de 2 km/heure donc on réapprend ces notions d'espace et de temps parce que les journées là-bas se passent vraiment dans un tout autre rythme.

 

Est-ce que tu as rencontré des gens sur ta route ?

 

Alors je suis partis de la côte du continent Antarctique d'un point qui s'appelle Hercules Inlet et je suis allé jusqu'au Pôle Sud. C'est un itinéraire pour les expéditions Antarctique entre guillemets classique dans le sens où, quand tu pars de la côte qui va au Pôle, c'est souvent de ce point-là qu'on part. Il y a eu assez peu d'expéditions en solo - une petite vingtaine je crois dans le monde ce qui fait une petite poignée de personnes - mais c'est un itinéraire sur lequel on peut potentiellement croiser du monde. Après de là à en croiser tous les deux mètres ce n'est pas le cas. Moi j'ai croisé du monde à l'arrivée, au Pôle Sud parce qu'il y a une base scientifique américaine. J'ai aussi croisé du monde au milieu de l'expédition, des véhicules 4x4 avec des touristes qui faisaient cette aventure aller-retour en cinq jours - donc dix fois plus vite que moi - et comme on était sur le même cap, on s'est croisés parce que eux revenaient du Pôle et moi j'y allais. Ensuite, juste avant l'arrivée j'ai croisé une autre expédition qui était sur le chemin du retour des kitesurfs mais c'est tout. Globalement c'est une solitude qui est importante, pas une solitude extrême car on n'est pas sur une île déserte mais voilà il m'est arrivé de croiser deux trois fois comme ça des gens sur la route. Finalement c'est très fugace, on les croise et après chacun reprend sa route. D'ailleurs c'est aussi la même route que prennent les avions. Ils font la liaison entre la côte et Pôle Sud deux fois par semaine pendant trois mois pour ravitailler des bases et le cap que j'ai pris se trouve sous ce couloir aérien. Je dis couloir mais ce n'est pas bon mot parce qu'il y a très peu d'avions, mais ils nous survolent sans qu'on les voit, tout simplement parce que c'est l'itinéraire le plus court. Parfois il m'est arrivé de voir des traces de ski, de véhicules, ce n'est pas une autoroute loin de là, ce n'est pas du tout la vision que j'ai envie de donner mais effectivement on peut voir ce genre de choses.

 

Même dans un des endroits les plus isolés du monde tu arrives trouver des traces humaines.

 

Ouais mais aussi parce qu'on part du même point et qu'on va au même endroit. Si j'avais un lieu de départ différent et si j'essayais d'attendre un autre point que le Pôle, là pour le coup ... Après je dis ça mais globalement il n'y a quand même personne. Il faudrait regarder les chiffres de cette année mais il y a peu de visiteurs. Il y avait quelques expéditions commerciales qui consistaient à faire le dernier degré, ce qui veut dire que les touristes sont déposés en avion à 111 km du Pôle Sud et ils partent avec un guide pour faire les derniers kilomètres jusqu'au Pôle. Là il y a dû y avoir 40 ou 50 personnes qui ont fait ça sur des rythmes plus courts que le mien. Ils devaient faire 10-15 km par jour en étant moins chargés évidemment. Il y a certes un peu de passage mais on est quand même sur une minorité même par rapport au tourisme en péninsule. Seul un petit fragment de la population qui visite l'Antarctique va réellement sur le centre du continent.

 

Ce genre de tourisme tu trouves ça comment ?

 

C'est un point un peu délicat parce que, qui serais-je pour dire que c'est dégueulasse et qu'il ne faut pas le faire alors que moi je reviens de deux mois d'aventure là-bas. Je crois que ce continent Antarctique est empreint d'une une fascination, d'un mystère dans l'esprit de beaucoup de monde. Les environnements polaires ont cette capacité à magnétiser qui que ce soit. On est avec le mythe du Père Noël au Pôle Nord et c'est quelque chose qu'on entretient tout au long de sa vie. Le côté blanc et vierge reste quelque chose qui fascine beaucoup de monde. Donc je comprends l'attrait pour l'Arctique ou pour l'Antarctique car ce sont des espaces qui sont fabuleux et qui sont changeants en permanence. L'Arctique qui gèle et qui dégèle permet de créer des sculptures magnifiques donc ce que je peux voir moi, ce ne sera pas la même chose que ce qu'on pourra voir dans un an et ce que j'ai pu voir n'était pas la même chose que ce qu'il y avait avant. Donc je comprends en fait cette attirance. Est-ce que c'est bien ? La comparaison est peut-être très maladroite mais aujourd'hui par exemple, pour visiter le Machu Picchu il faut s'inscrire, il y a des quotas parce que sinon on saccage l'endroit. C'est un peu pareil dans les environnements polaires. Tant que c'est fait dans les règles et que l'on ne débarque pas des milliards de personnes en péninsule Antarctique tous les jours je pense que c'est bien. De toute façon je crois que toute personne qui se rend dans ces régions revient forcément touché et j'ose espérer - peut-être que je suis naïf - que le fait de voir ça et d'en parler, donne envie de protéger cet endroit. Je ne dis pas que tous les visiteurs sont des témoins ou des ambassadeurs, mais moi c'est ce que je m'attache à faire avec mon expédition. En partageant cette aventure, j'essaie de parler de la fragilité des terres polaires, j'essaye d'expliquer - surtout en milieu scolaire - la nécessité préserver ces régions et je parle du traité sur l'Antarctique qui confère au continent un statut géopolitique assez exceptionnel.

Après sur la manière de voyager de cette expédition en 4X4 que j'ai pu croiser ... Je ne sais pas trop quoi en penser dans le sens où les expéditions mécanisées ont toujours existé en Antarctique. Les premières expés avec Paul Émile Victor l'étaient avec de gros Caterpillar ; aujourd'hui il a quelques bases qui sont ravitaillées avec des véhicules à moteur, c'est le cas pour Concordia il me semble, il y a une espèce de raid d'un millier de kilomètres entre le Dôme C et la base de Dumont d'Urville afin de se ravitailler en matériel et en nourriture. Ce n'est pas quelque chose de nouveau donc à ce sens ce n'est pas choquant. Après c'est vrai que d'utiliser des 4X4 qui sortent tout droit de l'usine et qui sont adaptés pour les conditions polaires afin de faire ce genre d'aventure ... Je pense qu'il y a plus d'un explorateur polaire qui se retournerait dans sa tombe. On est face à une clientèle qui est extrêmement aisée parce que le prix des voyages comme ça c'est de l'ordre du délire. Pour les avoir fréquentés ces touristes et ces visiteurs - dont je faisais partie d'ailleurs - j'ai eu le sentiment que c'étaient des gens qui avaient surtout envie de cocher cet endroit dans une espèce d'accumulation d'expériences et de dire j'y suis allé, j'ai pris ma photo, mon selfie et je repars.

Je me souviens d'un truc qui m'avait un peu marqué, c'était des Kazakhs qui étaient agacés par le fait d'attendre l'avion parce que les conditions étaient mauvaises donc l'avion a été retardé de plusieurs jours et pour eux c'était inacceptable. Ils avaient déjà payé super cher pour être là et ils avaient une réunion hyper importante à Astana au Kazakhstan pour débriefer de je ne sais quel contrat gazier ou pétrolier et ils étaient en train de dire qu'ils allaient la louper. Pour eux il fallait absolument que l'avion décolle et si c'était un problème de moyens ils pouvaient arranger ça ... Et j'exagère à peine ... Ça effectivement c'est curieux. Après est-ce que le Pôle Sud se mérite ? Est-ce qu'on est obligé d'y aller en ski et pas en 4X4 ? Je ne sais pas trop ... C'est vrai qu'aujourd'hui le Pôle est atteint par plein monde, Amundsen-Scott est une grosse base, il y a beaucoup d'avions, beaucoup de passages avec des scientifiques, avec des photographes et autres. Tous ces gens-là viennent par voie aérienne donc est-ce que ça veut dire que ça ne se mérite pas ? Je pense que, mine de rien, c'est un endroit qui est tellement difficile d'accès, tellement exceptionnelle, il faut faire preuve de beaucoup de détermination que ce soit sur le plan sportif, financier ou logistique pour y aller, que dans tous les cas ça rassemble des profils atypiques. Toutes les personnes qui bossent là-bas ont des personnalités hors du commun, ce sont des passionnés qui ont des raisons pour y aller donc je pense qu'en ça c'est déjà suffisant. Après c'est vrai que si le ticket d'avion coûtait cent balles, on pourrait se poser la question mais aujourd'hui ça reste quand même une destination qui est très coûteuse. Il y a cette sélection qui est faite par l'argent c'est clair mais bon voilà je ne sais pas trop quoi en penser.

 

On voit ce problème avec l'Everest ...

 

Bah oui mais l'Everest c'est terrible ! Il y a de plus en plus de gens qui se lancent dans cette ascension alors qu'ils ne sont pas compétents dans le sens où ils n'ont pas l'expérience. Justement je lisais un article du Financial Times qui disait que c'était le Graal des white men de la City, en gros des hommes blancs quarantenaires, qui ont fait fortune parce que voilà c'est le truc dont il faut parler dans les dîners. Ce n'est plus du tout l'alpinisme puriste du début du XXe, on est à mille lieues de tout ça et ce qu'il se passe sur l'Everest c'est dramatique ... Quand tu revois la saison de cette année, pour moi il faut vraiment qu'il y ait un quota qui soit imposé par le gouvernement népalais mais je doute que ça voit le jour prochainement. Il y avait une proposition qui a été faite et qui était assez intéressante qui était de mettre un système de loterie et d'accorder des permis par tirage au sort afin de mettre une limite. Quand tu vois que la fenêtre météo elle est tellement en courte, toutes les expéditions se lancent à l'assaut du truc en même temps et ça n'a plus trop de sens. Qu'est-ce que tu viens chercher ?

 

C'est pour ça que je te posais la question pour les 4X4 en Antarctique. Est-ce que ça ne commence pas à être la même chose ? Que tu les utilises pour le ravitaillement scientifique je veux bien, mais après ?

 

Il y aura toujours des gens qui ont de l'argent, quel que soit le prix, pour faire ce genre d'aventures. Ces gens qui sont très fortunés n'ont pas forcément la capacité physique et mentale de faire ça à l'ancienne, ce n'est pas quelque chose qu'ils recherchent. En revanche ils ont envie de cocher ce Pôle Sud autrement que, juste en prenant un avion. Il y a quand même une dimension un peu d'aventure, même si tu ne conduis pas le 4X4, tu traverses ce continent avec une bagnole ... Si il y a des quotas, si ce n'est pas l'autoroute et si c'est fait dans des conditions en respect avec le traité, je pense qu'il n'y a pas grand-chose à dire chance et c'est très compliqué de légiférer là-dessus. La façon dont tout est géré aujourd'hui, c'est assez bien fait. Tout est bien contrôlé et encadré, il faut avoir les autorisations, montrer que tu n'as pas d'impact sur l'écosystème ses environs. Certes je trouve que ça ne donne pas une bonne image, c'est un peu choquant de voir ces gros 4X4 à hilux au milieu de nulle part mais d'un autre côté, moi qui suis très attaché à la liberté, je me dis que chacun fait ce qu'il veut tant que c'est fait dans les règles. Après voilà c'est vrai que si ça se multiplie il faudra se poser la question et s'adapter.

 

Helen Keller qu’il t’arrive de citer semble t’inspirer. Elle dit que “ la vie est une aventure audacieuse

 

… ou elle n'est rien ”. On m'avait demandé une conférence sur l'audace et je suis tombé sur cette citation que je trouve assez intéressante. Keller a été la première femme handicapée aveugle, sourde et muette à obtenir un diplôme universitaire. C'est une image hyper forte de développement personnel face à l'adversité qui est sans pareil. Elle a tout contre elle et finalement elle arrive à tromper tout ça donc c'est une belle image de résilience face à la vie. Il n'y a rien de plus audacieux qu'elle et elle symbolise bien cette notion. Quand on me demande de parler de mes aventures il y a une forme d'audace aussi parce que je me suis lancé assez ces jeunes, j'ai osé croire en mes rêves, je suis toujours à l'affût de nouvelles aventures et de nouvelles histoires à raconter tout en essayant de rester vrai et en phase avec mes valeurs. En fait je pense que les gens voient mon parcours comme un parcours audacieux parce que j'essaye de tracer quelque chose d'un peu différent par rapport à la norme - s’il y en a une.

 

Au début on parlait de Tintin qui a été important lors de ton enfance. Est-ce que tu as eu d'autres sources d'inspirations ? Des modèles ?

 

Je n'ai pas vraiment pas de modèle, il n'y a personne à qui j'ai envie de ressembler. Par contre j'ai envie de m'inspirer de parcours pour tracer ma propre route. Forcément il y a Jean-Louis Étienne qui était le parrain de mon aventure en Antarctique. Lui c'est un mec fascinant à tous les niveaux. Il a à peine eu son bac, il est dyslexique, il devait être tourneur fraiseur, il a terminé par être médecin, puis médecin d'expédition et maintenant on voit ce qu'il fait. Je trouve son parcours et l'homme en lui même éminemment inspirant. Malgré son âge il a gardé une fraîcheur et une jeunesse intellectuelle tout en étant d'une humilité sans pareil. Pour l'avoir côtoyé un peu, je trouve que Jean-Louis Étienne est une forme de modèle, même si jamais je ferai comme lui. Je n'ai pas du tout envie d'imiter tout ce qui fait. Après je trouve des mecs comme Sylvain Tesson inspirants, parce qu'ils racontent quelque chose d'un peu nouveau. Alors je ne suis pas d'accord avec tout ce que Tesson peut raconter mais il a beaucoup de sources de réflexions intéressantes sur la société, sur soi, sur la religion, et donc ce genre de profils m'intéressent.

Ensuite tout le monde dit que Mike Horn est mon idole ... Je suis admiratif de ce qu'il fait c'est vrai, mais je n'ai pas envie de lui ressembler car chacun se fait sa propre voie. Je n'ai pas lu ses livres, je vois très bien ce qu'il fait et je regarde, mais mon objectif de vie n'est pas de devenir le nouveau Mike Horn, ça ne m'intéresse pas. De toute façon on est deux animaux complètement différents car d'un côté tu as un gars qui est ex-militaire d'élite des forces spéciales Sud-Africaines et puis après il y a Matthieu Tordeur tout gringalet ... Ce n'est pas pareil on ne vit pas les mêmes aventures et je pense qu'on ne les fait pas forcément exactement pour les mêmes raisons. Mais voilà, des modèles je n'en ai pas tellement, des inspirations j'en plein.

 

En parlant des raisons de telles expéditions, toi que vas tu chercher dans tes aventures ?

 

Depuis que je suis rentré j'ai l'habitude de dire que je suis en construction. J'ai fini mes études récemment, ce rêve de Pôle Sud je l'avais depuis longtemps, j'en suis rentré en ayant réalisé ce que je souhaitais faire Antarctique et donc ce que je vais chercher, je pense, va changer au fur et à mesure des prochaines années. En tout cas sur les précédentes aventures, il y avait une dimension un peu d'urgence à vivre la vie dans le sens où, j'ai la chance de pouvoir voyager, d'être Français, d'avoir pu faire des études et d'être passionné par les rencontres et la découverte. Je me suis dit que j'avais peur de regretter plus tard de ne pas réaliser certains rêves. C'est curieux mais j'ai pensé à ça assez tôt en lisant des trucs sur la vieillesse et je me suis dit que ce ne sera jamais le bon moment pour partir, donc dès l'âge de 18 ans je me suis dit que j'allais passer mon bac, bosser un peu dans un resto de plage au Havre pour gagner un peu d'argent et puis sur le temps qu'il me resterait je pourrais partir à vélo. Ça s'est accumulé au fil des années, au début je partais vraiment avec pas grand-chose et puis au fur et à mesure ça s'est professionnalisé avec des partenaires, des sponsors, et là les voyages ont pu être plus conséquents et ambitieux. Tout répondait à l'idée que je ne voulais pas avoir de regrets plus tard. Je me suis dit assez tôt que la vie était courte pour ne pas réaliser certains rêves et du coup j'ai fonctionné - comme je disais tout à l'heure - par projet. Maintenant j'ai aussi la chance de réussir à en faire un métier. C'est un peu pour ça que j'ai tout fait pour y arriver. J'avais des envies assez fortes, je me disais que j'avais la chance de pouvoir les réaliser par rapport à plein monde et le sens que j'y donne maintenant c'est en racontant des histoires. À mon petit niveau, il y a peut-être des gens - en regardant ce que je fais, en lisant les bouquins, en me suivant sur les réseaux sociaux - qui sont un peu inspirés pour démarrer leurs propres projets. J'essaie de montrer que tout est possible même lorsqu'on pensait qu'elles ne l'étaient pas au départ.

Pour l'avenir, je ne pourrais pas uniquement garder cette idée de vivre ses rêves et se dépasser. Aujourd'hui on est face à plusieurs urgences et il faut s'engager pour une cause. Que ce soit l'urgence climatique, l'écologie, les droits fondamentaux, l'inclusion financière, il y a quand même plein de choses que j'aimerais défendre. Je ne sais pas encore dans quelle voie, quelle cause, ni quel message j'aimerais porter mais pour de futures aventures et de futurs projets j'aimerais bien m'engager pour quelque chose et vivre une aventure qui dépasse ma propre personne et l'idée de réaliser un rêve. Je ne dis pas que c'est nécessaire mais ça donnerait encore plus de sens à ce que je fais. Après je ne porte aucun jugement de valeur pour ceux qui ne le font pas. Ça me donnerait une sorte d'utilité.

Pour le moment je n'ai pas vraiment d'idée mais je m'inspire beaucoup de plein de projets. Récemment j'étais avec Simon Bernard, qui a un projet qui s'appelle Plastic Odyssey et qui consiste à essayer de réduire la pollution plastique dans les océans en créant des machines à recycler. Il voudrait développer ça sur tous les littoraux des pays en voie développement et je trouve ça éminemment inspirant. D'un côté il y a l'aspect expédition hyper chouette parce qu'il y a un bateau scientifique qui part pendant trois ans et de l'autre tu réponds à une espèce de problème gigantesque qu'est la gestion des déchets plastiques. Après je ne sais pas trop dans quelle voie me diriger. Je veux juste trouver une cause qui me ressemble et que je peux défendre à 100%.

Sur cette expédition Antarctique j'ai fait le choix de ne rien défendre. Je voulais entièrement assumer l'idée que c'était un rêve perso. Si je portais une cause, ça n'aurait jamais été la raison pour laquelle je partais donc si on grattait un peu, on aurait très bien compris que la vraie raison était un truc personne. Je préférais trouver des partenaires et des sponsors qui se reconnaissent dans cette vision de vivre ses rêves et de se dépasser. J'ai assumé tout ça plutôt que d'avoir le cul entre deux chaises.

Il faut aussi se dire que je suis rentré fin janvier, là on est mi-juin et je ne me projette pas tant que tout n'est pas bouclé. Il y a peu je viens de terminer un film de 52 minutes et beaucoup de maisons d'éditions sont intéressés pour faire un bouquin avec moi. J'en suis hyper heureux mais je n'ai pas commencé à écrire donc tout ça va prendre du temps et j'espère que dans un an je pourrai tenir quelque chose. Mais pour le moment je ne m'autorise pas à rêver autre chose tant que le livre n'est pas fini parce que chaque chose en son temps. Il y aura d'autres aventures et d'autres expéditions mais j'attends que ça mûrisse.

 

Est-ce qu’il y a une expédition à laquelle tu aurais aimé participer, toutes époques confondues ?

 

Je pense que j'aurais aimé ouvrir la voie sur un terrain géographique inconnu. Aujourd'hui il n'y en a quand même plus beaucoup, il reste les fonds marins, le spatial et certaines montagnes qui n'ont jamais été gravie mais c'est vrai que cet imaginaire de se dire que l'on va atteindre un endroit où l'homme n'a jamais mis les pieds, c'est quelque chose qui excite plus d'une personne sur cette terre. Je ne sais pas si c'est trop tard ? Après d'une manière générale j'aime bien les déserts. L'Antarctique c'en est un, j'ai traversé le Sahara à vélo et avec le marathon des sables, j'ai traversé l'Atlantique à la voile ... Ce sont trois déserts tous différents mais je trouve que ces lieux ne sont pas faits pour les hommes et sont très propices à l'introspection et à la contemplation. On laisse son regard porter au loin ce qui est fabuleux et inspirant à la fois. Non pas que je sois quelqu'un de nature très solitaire, mais je trouve que l'on se retrouve pas mal avec soi quand on est tout seul et sur le plan de l'aventure ça demande quand même pas mal d'exigence.

 

En quelle année tu as intégré la Société des Explorateurs Français et qui étaient tes parrains ?

 

J'y suis rentré en novembre 2017 donc un an avant de partir en Antarctique. Mes parrains étaient Stéphane Dugast et Philippe Migault qui est l'un de mes anciens profs à Sciences Po et qui bossait au Ministère de la Défense en tant que responsable des missions GIGN et dans le cadre de missions de défense et de sécurité pour le gouvernement français. À la fac il était prof de menaces internationales et je m'entendais plutôt bien avec lui, j'aimais beaucoup ses matières.

 

Pourquoi tu as eu envie de rentrer à la SEF ? Qu’est-ce que ça t’a fait d’être le benjamin ?

 

Je savais que j'étais jeune mais je ne savais pas je serai le benjamin à l'époque - d'ailleurs je ne le suis plus puisque Éliott Schonfeld est rentré récemment et je suis ravi de ne plus être l’être parce que je trouve ça chouette qu'il y ait de jeunes profils qui intègrent la société. Après pourquoi ... Ça faisait longtemps que je participais aux événements, que je gravitais autour de la Société de Géographie, que j'allais voir les expos, les conférences et les projections. J'avais également fait quelques projets avec Stéphane Dugast sur des projets d'articles et sur l'un de ses bouquins. Tout ça me passionnait et me fascinait et je voulais avoir un pied dans ce monde-là. J'avais également été un membre de la Royal Geographical Society à Londres et dans laquelle il y a beaucoup de membres. J'ai fait quelques petites conférences là-bas et je voyais cette émulation collective, le fait  tu peux avoir accès à untel ou untel parce que tu es sur même bateau et c'est ça qui me plaisait. Je voulais justement être au contact de ces différentes personnalités pour apprendre d'eux, pour mettre en commun des réflexions, des compétences, et naturellement je me suis rapproché de la SEF. Après je savais aussi - et je pense qu'il ne faut pas le cacher - qu’en préparant une expédition en Antarctique comme la mienne, c'était une façon de dépasser le statut d'étudiant voyageur. Quand tu vas chercher un partenaire, c'est forcément un petit peu plus simple mais au-delà tout ça c'était pour me rapprocher d'une communauté dont je me sentais de coeur partie intégrante.

 

Aujourd’hui qu’est-ce que cela représente pour toi d’être un “ explorateur français ” ?

 

Je trouve le mot explorateur un peu galvaudé pour ce que je fais. Je me considère plus comme un aventurier - du moins aujourd'hui - dans le sens où je vais vivre des aventures, et je vais essayer de les partager. Je suis peut-être un explorateur mais à ce moment-là de mon propre potentiel. J'explore mon propre caractère, ma propre capacité physique et mentale à vivre des expéditions. Mais je ne me considère pas comme un explorateur au premier sens du terme, en tout cas pas au sens géographique. Donc je différencierais bien les deux termes.

Après qu'est-ce que ça fait ? Je trouve que ça nous confère une certaine responsabilité parce qu'on fait partie d'une société qui rassemble pas mal de personnalités, qui a une histoire ancienne et en faire partie est un privilège et un honneur. On a donc une responsabilité dans notre discours, dans nos actions - même si elle n'est pas très pesante. C'est aussi une grande fierté quand on voit les personnes qui l'ont créé, quand on voit les personnes qui la font vivre aujourd'hui ... Ça donne envie de s'engager et de partager encore plus.

 

Penses-tu arriver à trouver des projets encore plus fous que l’Antarctique ?

 

En fait tout dépend de ce qu'on entend par fou. C'est vrai que cette aventure-là était quelque chose de très engageant à la fois physiquement et mentalement mais je ne pense qu'il y ait de course à l'exploit. Effectivement là il y a un record du monde parce que je suis le plus jeune au monde à avoir fait ce genre d'expédition. Première française aussi parce que ça n'avait pas été fait avant par un français dans ces conditions c'est-à-dire en solo, sans assistance, pas de voile de traction et en autonomie totale - même si Laurence de la Ferrière était passée avant moi il y a 20 dans les mêmes conditions sauf qu'elle avait eu un ravitaillement ... En soi on s'en fout. Ce ne sont pas les raisons qui m'ont poussé à entreprendre cette aventure. J'y suis vraiment allé pour le rêve de Pôle et le fait qu'il y ait ces records c'est simplement la cerise sur le gâteau tout en étant un bon hameçon pour les médias et pour les sponsors - là encore on ne va pas se le cacher.

Ce qui serait plus fou pour moi, ce serait de trouver une aventure ou une expédition qui soit collective, qui embarque du monde avec moi et qui puisse porter une cause ou un message pour faire avancer la société. C'est très flou dit comme ça mais je pense que des projets comme ceux portés par exemple par Bertrand Piccard avec le Solar Impulse, ça marque les mentalités. Le mec a quand même fait le tour du monde avec un avion solaire. Est-ce que ça ne montre pas que le solaire a un réel avenir ? Évidemment il y a toute une opération de communication derrière mais finalement je trouve que le message est important. Donc oui j'aimerai trouver des projets qui soient dans cette même veine là. 

 

 

 

 

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