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Erik Gonthier - Le chant des pierres

1 Jun 2019

 

 

 

Erik Gonthier

Maître de Conférence au Muséum national d’Histoire naturelle

Paléo-gemmologue, ethno-minéralogiste et paléo-musicologue

Rencontre du 28 mai 2019 

 

 

 

 

Je m’appelle Erik Gonthier, j’ai 64 ans, je suis de passion ethno-minéralogiste et lauréat de la Fondation de la Vocation. Je suis un ancien bijoutier-joaillier, j’ai travaillé comme muséologue avec à mon actif plus de 140 expositions scientifiques, j’ai rédigé un certain nombre d’ouvrages, d’articles et puis, de spécialités en spécialités, je me suis retrouvé sémio-linguiste, poéticien et spécialiste des lithophones néolithiques. Je suis également pariétaliste, je m’occupe de peintures rupestres et de mégalithisme. Je suis passionné par les grandes pierres, menhirs, dolmens et par les constructions extraordinaires que l’humanité a laissées ou nous a offert comme par exemple les grandes pyramides d’Égypte, ou d’autres grands sites comme Ollantaytambo [au Pérou]. Dans les dernières découvertes que j’ai pu faire, il y a les grottes de Barabar dans le Bihar en Inde qui pour moi sont les seconds plus beaux monuments de la planète et qui sont actuellement totalement inconnues du grand public.

 

D’où te vient cette passion pour les pierres ?

 

Alors ma passion pour les pierres est née depuis toujours en fait, je sais que ma mère me disait toujours que, dès que j’avais les couches au derrière et que j’étais assis par terre, je suçais les cailloux, je les jetais, je les testais, etcetera. Aussi loin que ma mémoire remonte, je crois que … j’ai toujours connu ça. Cette passion, qui n’était même pas encore complètement vouée, je n’en avais pas encore vraiment conscience, s’est formée petit à petit et je me souviendrais toujours du jour où mes parents m’avaient demandé, j’avais quoi … 14 ans, ils m’ont dit “qu’est-ce que tu veux faire plus tard ?”, j’ai répondu “bah ... chirurgien … ou archéologue”. Et puis en y réfléchissant bien, je me suis dit que je cherchais un métier qui me fasse voyager, un peu dans le luxe parce que j’aime bien le luxe, j’aime les beaux objets, les pierres précieuses et c’est là que j’ai voulu devenir bijoutier-joaillier. Au départ je voulais être lapidaire, c’est-à-dire tailler les pierres à facettes et puis on m’a dissuadé de le faire en me disant qu’il y avait un meilleur métier. Je n’ai donc pas le BAC, j’ai quitté l’école en 3e, je suis monté à Paris après avoir quitté la Dordogne, Périgueux, et je me suis retrouvé sur les planches comme boite à limaille - c’est comme ça que les joailliers s'appellent entre eux - et j’ai travaillé à la cheville. J’ai commencé première main, j’ai même été chef d’atelier, peu de temps, et puis comme je séchais les cours de Math et de Français à l’école, un jour il y a eu une enquête de leur part, ils se sont rendu compte qu’en fait je séchais les cours pour aller au Jardin des Plantes pour étudier la minéralogie et la cristallographie. Du coup on m’a fait la gentillesse de m’accorder officieusement ce qu'officiellement je n’avais pas le droit de faire. C’était mon plaisir.

Puis un jour je suis parti en Nouvelle-Guinée, en 82. C’est encore un des aléas de la vie car j’étais parti pour aller parcourir les grandes dunes marocaines, c’était mon grand rêve d’aller me balader seul dans ces dunes, sentir le vent, le sable … et j’ai fini dans la forêt tropicale humide, une des plus terribles de la planète. C’est comme ça, je ne cherche pas à comprendre. De fil en aiguille, j’ai rencontré des Papous extraordinaires et il se trouve qu’ils travaillaient les haches de pierre ! Haches de pierre ça me rappelait la Dordogne où j’avais des vu des haches de pierre polies. J’avais déjà travaillé sur un site archéologique à Périgueux, la villa des Bouquets que Jean Nouvel a maintenant habillé d’un magnifique musée, et j’avais posé une question à mon directeur de fouilles de l’époque “qu’est-ce-que vous savez des haches de pierres polies” et là il m’a dit “on s’en fout”. Il m’avait limite envoyé baladé avec ça. “Ce sont quand même des oeuvres d’art, le polissage et tout” - “mais non y a mieux que ça” … Pour moi c’est une question qui était restée en suspens et quand j’ai débarqué chez les Papous, au centre de la Nouvelle-Guinée, j’ai vu toutes ces herminettes, haches, etcetera, avec leurs différentes spécialités et c’était fabuleux. J’ai donc acquis pas mal de matériels que j’ai rapportés à Paris et j’ai fait un voyage suivant et de ce voyage, je vais encore rapporter pas mal de matériels. C’est à ce moment que je vais me mettre à les étudier sur les conseils de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, et ils vont me pousser à passer le diplôme de l’école. Vu mon cursus l’archéologue Paul Courbin n’était pas franchement chaud, mais il m’a pris un an en tant qu’auditeur libre. À la fin de l’année il me convoque. Je m’attendais à être viré car j’étais en admiration devant tous les grands étudiants qui étaient autour de moi et je lui dis “ça ne le fait pas en fait c’est ça ?!” et il me dit “je vous interdis de dire ça, ce n’est pas que ça ne le fasse pas. Vous êtes mon meilleur étudiant. Donc maintenant vos haches de pierre je n’y connais rien mais je vais vous trouver des gens comme Jean Guilaine et vous présenterez votre mémoire à la fin de l’année” - “ça fait court” - “et bien c’est ça ou vous ne faites plus partie de mon cours à la fin de l’année”. J’ai soutenu ce mémoire haut la main et c’est le plus beau diplôme que j'ai passé en fait car jamais je n’aurais cru un jour arriver sur des diplômes de haut niveau et surtout me retrouver de l’autre côté du bureau - je détestais les profs à l’école. Comme quoi il ne faut jurer de rien dans la vie.

On m’a alors poussé à aller de l’avant, vraiment, car je pensais que ça allait se terminer là, j’étais satisfait … et non. J’ai donc repris un autre travail de muséologie et j’ai passé la première thèse d’Europe en muséologie des sciences naturelles et de l’Homme ... et ça n’est pas passé tout seul … C’était même assez difficile car à l’époque, on pensait qu’il s’agissait de thématiques qui ne s'enseignaient pas. Aujourd’hui tout le monde sait que oui mais à l’époque, qu’est-ce-que j’ai pris dans les gencives. J’ai donc quitté le métier de la joaillerie, j’en avais marre - pas du métier en lui-même car je m’en sers encore, mais il fallait que je passe à autre chose, je n'évoluais pas assez vite, je n’apprenais  pas chaque jour ou du moins trop peu. Du coup, je me suis présenté à un poste au Muséum et j’ai été embauché. Je n’en revenais pas. Maintenant je suis maître de conférences. Je n’ai pas voulu être prof parce qu’on m’aurait surchargé de problèmes administratifs et je voulais garder ma liberté d’expression en tant que chercheur. J’ai donc fait une rétention et ce au grand dam de pas mal d’étudiants qui m’ont reprochés de ne pas être prof et de ne pas pouvoir diriger leurs recherches - ou de les codiriger.

Là je suis bientôt à la retraite et disons que dans la vie, que ce soit sur les hauts sommets alpins, africains, Papous, les gouffres, les machins, les traversées de rivières, les plongées, tout ce que j’ai pu amasser comme activités au cours de ma carrière sur des choses d’assez haut niveau, j’estime que j’ai maintenant le plaisir de me dire qu’il faut transmettre. Maintenant je n’ai peut-être plus les moyens physiques de faire ce que j’ai fait à une certaine époque, mais j’ai vraiment l’intention de transmettre et de pousser les gens à faire, non pas des conneries, mais des choses intelligentes, et pousser leurs limites physiques et intellectuelles au-delà de la norme.

 

Pourrais-tu en dire un peu plus sur la paléo-musicologie ?

 

L’histoire commence en … 2004 je crois, Odile Romain était dans un couloir du Muséum un peu plus loin, il y avait des armoires vertes, salles, enfin bon … Elle ouvre une de ces armoires et il y avait une sorte de - ce que l’on appelait à l’époque - pilon saharien. Ça ressemble à une grande baguette de pain sculptée en pierre, verte, noire, pas très engageant. Je m'approche d’elle et je lui dis “c’est quoi ça ?” - “c’est un pilon saharien” - “mais non c’est ridicule” - “oui oui je sais bien que ce n’est pas un pilon mais ils sont temporairement, en typologie, classés parmi les pilons parce qu’on ne sait pas du tout à quoi ça sert” - “bon ok passe le moi”. J’ai donc récupéré cet objet.

En tant que spéléo, j’avais déjà testé les stalactites et stalagmites. J’ai même vu qu’il fallait les respecter, faire attention et ne pas taper sur n’importe quoi, surtout pas sur les draperies, les méduses, les fistuleuses ou autres mais rester sur des diamètres ronds à ovales et rien d’autre, sinon les chances de casse sont énormes. Un jour, on m’avait apporté au Jardin des Plantes, en tant qu’ethno-minéralogiste, des blocs de pierre qui n’avaient pas été identifiés et retrouvés dans des fouilles. Pour moi, j’étais sûr qu’il s’agissait de pierres musicales.

Et donc je me retrouve en face de ce pilon saharien et la je me dis “aller je dois résoudre le problème. Je sens un truc, je ne sais pas quoi, mais j’y vais”. Je suis un ancien violoniste, guitariste, enfin bref j’ai fais de pas mal d’instruments. En réfléchissant, je vois ma grand mère qui, autrefois, jouait du piano. Il y avait des cordes tendues sur la table d'harmoniques et les plus grosses étaient posées sur de petites feutrines rouges - peu de gens le remarquent mais ça m’avait frappé à l’âge de 6 ou 7 ans, peut-être même moins. Je tape alors sur ce pilon et ça donne un ting. On entend des harmoniques mais il n’y a pas de résonance, rien qui permette de dire que c’est un instrument de musique. Un instrument de musique c’est quand même un ensemble d’harmoniques et il y a cette fameuse résonance. S'il n’y a pas un certain nombre de critères réunis, c’est pour faire du bruitage, mais pas de la musique. Bon … Je rentre dans mon bureau, je commence à réfléchir, il faut une caisse de résonance alors je cherche dans mon tiroir, je bricole des caisses de résonances ridicules, j’expérimente … Pas franchement convaincant. Et là je me rappelle le piano de ma grand mère je me dis “tiens si je mettais de la mousse ?! Parce que sur un violon il y a deux points d'appui, dans les pianos pareil …”. Du coup je descends dans les poubelles du Musée de l’Homme, il y a plein de trésors dedans, je trouve de la vieille mousse pour les transports des oeuvres, je déchire cette mousse jaune, je dois encore en avoir quelques échantillons en souvenir, je remonte ça dans mon bureau, je pose l’instrument sur deux coussins et là … j’étais tombé sur le plus beau lithophone que je n'ai jamais entendu à ce jour ! On l’a d'ailleurs surnommé le Stradivarius, tout le monde le connaît, même à l’étranger, comme étant une pièce exceptionnelle. Je cogne doucement l’instrument et il émet un son de cloche de bronze parfait avec une résonance de presque 7,5 secondes, un truc à tomber ! J’ai fais un bon en arrière et eurêka j’avais trouvé ! Du coup en retapant à nouveau, des collègues sont venus écouter le son qui s’était propagé dans les salles.

J’avais un collègue qui était en ethno-musicologie à côté, je suis allé le voir avec le lithophone et nous avons fait les premiers tests litho-acoustiques et ça a donné des résultats types idéophoniques, c’est-à-dire un son de cloche … Et la wouah … J’avais un truc super. Mon collège lui ne croit pas en la découverte et je lui dis “mais si on va publier ensemble, je te le dois pour m’avoir fait faire ces tests et tout”. Il me dit “j’y connais rien” - “mais moi non plus j’y connais rien je ne savais même pas que j’allais devenir un paléo-acousticien ou paléo-lithophoniste, je ne suis pas préparé à ça mais c’est ça la recherche !”

Le génie de la recherche ... tout le monde veut avoir un objectif dans la vie. Moi mon seul objectif c’est de ne pas en avoir. Je suis un opportuniste mais j'essaie de m’adapter aux évènements qui se passent devant moi, parce que je pense que, en chacun de nous, on est tous programmés pour faire une ou plusieurs conneries et moi j’ai choisi de me laisser aller sur des choses que je ne maîtrise pas. Ça a été le cas pour les cordes du paléolithique supérieur, qu’est-ce que je vais faire avec des cordes, je n’ai jamais travaillé la corde et pourtant j’ai découvert les plus anciens rouets qui remontent au paléolithique. Une fois de plus ça n’est pas passé tout seul avec mes collègues mais maintenant c’est avéré, les gens l’ont reconnu. Et pour les lithophones c’est un peu comme ça. Du coup, j’ai ensuite fait tout une série d’études et j’ai découverts certains principes litho-acoustiques à l’intérieur de ces lames de pierres avec des ventres, des minimas, des maximas, des noeuds ondulatoires, des les ondes transversales … On a poussé les investigations un peu plus loin et j’ai ensuite réfléchi aux stalactites et stalagmites - ça me ramène de nouveau à l’époque où j’ai commencé à faire de la spéléo à l'âge de 8-9 ans et où j’avais été fasciné par ce son minéral sans savoir que ça me reviendrait un jour dans la figure. J’ai ensuite présenté ça au premier congrès international de la préhistoire du Maghreb à Tamanrasset, en 2007-2008. Toute la presse m’est tombée dessus. C’était un grand succès jusqu’au moment où on m’a demandé d’organiser et d’écrire un concert lithophonique. J’ai donc écrit les paroles, participé au montage avec Radio France et on a monté le concert qui s’appelle Anaé et les pierres musicales. Il est passé à trois représentations, quasiment à guichets fermés au Jardin des Plantes et il a fait connaître mon travail dans le monde entier.

Depuis j’ai poussé encore plus loin que les stalactites et stalagmites puis ce qu’en France, on m’avait strictement interdit de travailler sur le matériel archéologique où il y avait des peintures / gravures, on m’a répondu - je ne dirais pas qui - qu’il y avait eu assez de conneries de faites à ce sujet. C’était en Dordogne, je suis périgourdin, on est au fait de la recherche … Mais j’ai dit ok pas grave, la France ne veut pas travailler avec moi, ce n’est pas grave, la Dordogne non plus, ce n’est pas grave. Je suis partie dans Sud Est de l’île de Java, dans la grotte de Tabuan, j’ai pu rencontrer un orchestre qui travaillait avec les stalactites dans une tradition de plusieurs siècles. J’ai payé leur prestation, je ne leur ai pas dit pourquoi j’étais là, je les ai laissés, j’ai regardé et tous les principes litho-acoustiques que j’avais décrits, ils les utilisaient intuitivement. J’ai dit la … Je suis sur irréfutablement de ce que j’avance et c’est formidable.

Du coup récemment, j’ai rencontré des collègues italiens, ils sont venus me voir dans mon bureau il y a un an, je leur ai montré les instruments, on a écouté tout ça, c’était génial et ils m’ont dit que je devais venir les voir à Saint Martin de Corléans. Je suis arrivé là-bas, et ils m’ont sorti des stèles, car je leur avais expliqué qu’en Arménie, j’avais eu l’autorisation de soulever un menhir du site de haute altitude de Zorats Karer, dans le centre du pays, et que j’avais étudié le son émis par cette stèle d’à peu près 2,5 tonnes. J’entendais toujours en ésotérisme que des mages faisaient vibrer les pierres, mais avec les principes litho-acoustiques que j’avais, tout ceci était physiquement impossible. Il a donc fallu le suspendre comme un lithophone saharien, ce que j’ai fais, avec une grande grue télescopique russe - on a filmé tout ça c’était drôle - et j’ai tapé dessus avec une masse en bois pour pas abimer. Au final j’ai retrouvé les minimas et maximas d’amplitudes classiques mais que j’attribue plus à des sons techniques, pour définir que le matériau est susceptible d’être transporté sans se casser sur de longues distances et non pas pour quelque chose qui est destiné à faire de la musique. Ce n’est pas pareil. Ça c’est de la musique instrumentale c’est-à-dire que j’agis sur l’instrument parce que beaucoup de gens ont travaillé sur la musique architecturale, soit la répartition des ondes dans les milieux gazeux, dans les vides ou dans les espaces endokarstiques, dans les grottes, dans les salles, les églises, les chapelles. Moi je restais sur l’instrument. Suite à un travail un peu long, on a mis en évidence que le positionnement des points de jeux des stèles, correspondent en partie aux dessins gravés sur ces stèles. Ça c’est complètement novateur, c’est un truc complètement nouveau et les Italiens dansaient de joie car cela faisait des années qu’ils travaillaient là-dessus sans savoir comment lire les stèles alors qu’en fait le son jouait un rôle absolument majeur dans la construction de leurs dessins. Il y a pleins d’autres trucs que j’ai découvert aussi mais rien que ça c’était formidable et je dois logiquement y retourner cette année pour faire un autre travail.

 

 

Est-ce que tu t’es également intéressé aux sons que font les glaces ?

 

Oui j’étais en Islande et dans pas mal de pays froids, ainsi qu’en montagne. Je retrouve les mêmes principes litho-acoustiques que sur - la glace est un minéral hein, l’eau est un minéral en soi enfin géologiquement parlant - donc oui oui on retrouve ce son. Ce sont les mêmes jeux acoustiques en plus cristallins, plus si, plus ça, mais les principes de répartitions des ondes sonores sont exactement les mêmes.

 

Les pierres semblent avoir des utilisations infinies, de la plus primitive au néolithique, à la plus noble aujourd’hui en joaillerie, qu’est-ce qui te fascine le plus dans les inventions et les utilisations que l’Homme - avec un grand H - a pu en faire ?

 

En tant que paléo-gemmologue, gemmologiste, donc l’étude des pierres précieuses anciennes, j’ai recherché l’origine des premières gemmes travaillées par l’Homme à des fins symboliques, cérémonielles, bref … Et je suis tombé sur des serpentines italiennes, en France sur des roches assez rares et très belles de couleurs verte, brune, le jais noir, mais tout ça c’était un peu comme le silex, c’était de translucide à opaque. Moi je me suis dit que je ne voulais pas partir de la car c’était de la sculpture sur pierre c’est-à-dire qu’en fait on éprouve un certain nombre de matériaux comme le silex ou des quartziques, des trucs comme ça, pour user des pierres plus tendres ou de duretés à peu près similaires et obtenir des ronds de bosses ou de simples gravures. Ça c’est connu et ça a été largement décrit mais je me disais qu’il y avait mieux que ça. Pour moi en tant qu’expert en pierres précieuses, la gemmologie devait bien démarrer à un moment donné. On sait qu’au paléolithique supérieur, on a trouvé des bouts de quartz qui n’étaient pas travaillés, des débris qui avaient voyagé car ils venaient peut-être des Alpes, des Pyrénées … Il y avait des sortes de jades, de jadéites, ou d’autres types de roches vertes qui servaient d’échanges commerciaux très importants à travers l’Europe. Il y a donc une récurrence de certaines roches vertes - j’ai fait un petit travail là-dessus - le jade, l’amazonite, la turquoise qui peut verdir, les serpentines … Et on remarque qu’à travers le monde, parmi les pierres précieuses traditionnelles - sans parler des rubis, saphirs, émeraudes, diamants - en Égypte par exemple, il y a une récurrence sur la couleur verte. En Nouvelle-Zélande, au Mexique, en France, en Europe, pour la couleur verte - le vert étant la couleur du spectre moyen du visible - je me suis dit ok on a des réponses. Ça peut s’expliquer par la présence de la verdure et autres. Mais on ne parle pas de translucidité ou de transparence et c’est ça que je recherchais. Jusqu’à un moment où je suis tombé en Dordogne, chez moi, à Sireuil et à Tursac, sur deux petites Vénus en calcites, ambrées, avec des couleurs magnifiques, de qualités homogènes, un travail très bien fait, très stylisé, et là, le matériau était translucide à transparent. Là je me suis dit, “wouah ! Ça y est, je tiens quelque chose”. J’ai donc commencé à chercher et au fur et à mesure, j’ai commencé à trouver des gemmes. Puis au Musée de l’Homme, je suis tombé sur des objets de logeries ou autres, sur des bouts de quartz transparents qui n’étaient pas du tout périgourdins, et sur une feuille solutréenne en quartz totalement monolithe et évidemment cristallisée, pas une masse, on est sur du mono-cristallin et qui a été travaillé de manière extraordinaire, c’est l’une des plus belles pièces de nos collections ici, et là je me suis dit, “wouah !” [ Érik dit souvent wouah ! ] “pourquoi c’est encore plus intéressant que le reste ?”. En réalité, un peu comme en Égypte, un peu comme dans d’autres pays - pas tout à fait dans les mêmes époques évidemment - il y a ce rapport entre la matière, la forme, la couleur et la capacité que se a à matériau absorber la lumière, c’est-à-dire de montrer que la lumière pénètre à l’intérieur, comme si on aspirait la lumière ambiante pour la placer quelque part dans le matériau. Quand on arrive à un matériau complètement transparent, et que la lumière le traverse sans pratiquement être freinée, c’est le côté le plus extraordinaire. Présenter un objet comme ça - rarissime à l’époque - une pointe de flèche solutréenne ou un couteau qui soient complètement transparents comme du verre, alors que tous les autres sont opaques, c’est très beau mais ce n’est pas aussi beau. Peut-être qu’ils pénétraient le domaine des Dieux. Ils devaient pénétrer un monde qui surpassait tout ce qu’on connaissait avant. Aujourd’hui le quartz, le verre, ça ne dit plus rien à personne, il y en a tellement dans les pare-brises de bagnoles, il y en a partout, mais à l’époque ?! Non ! C’était rare ! Les gars qui possédaient ces objets devaient être des Dieux parce que c’était maîtrisé et posséder le lumière avec soi. À partir de là j’ai recherché tous les matériaux en Afrique, en Océanie … Et j’ai commencé à travailler sur le polissage, le découpage, etcetera. Ça m’a amené progressivement en Égypte, en Bolivie et dans plein de pays où il y avait justement des grands mégalithes et je m'intéresse au découpage, au travail de ces matériaux, je recherche leurs couleurs. Par exemple en Égypte, on voit du granit rouge, c’est la pierre précieuse des pharaons, mais quand on le regarde de près, il y a des cristaux de quartz, de feldspath et de mica. Jusque-là on s’en fout, sauf que le feldspath est rouge, le mica est noir et le quartz est transparent - on va dire blanc. Or, ce qui m’intéressait, c’est la philosophie alchimiste ou on travaille à l’oeuvre noire, rouge et blanche. Quand on regarde les pyramides, on retrouve ces trois mêmes couleurs. Sur les fresques, elles reviennent systématiquement. Alors on me dit “c’est du délire à la Gonthier” machin … Quand on va en Océanie, les trois couleurs c’est blanc, rouge, noir. On va sur l’Asie du Sud Est ? Blanc, Rouge, Noir. Et c’est un fait ! Quand on voyage à travers le monde, on retrouve nos trois couleurs. Je me suis dit “mince là aussi il y a une récurrence de concepts et c’est formidable”. Je travaillais là-dessus, non pas sur l’alchimie pure, mais sur la présence, comment traiter et qu’est-ce qu’on ajoute de plus en couleurs - on peut ajouter du vert, du bleu, ce qu’on veut - mais pourquoi systématiquement ces trois couleurs sont là ! Ça fait partie encore d’un travail que je mène.

 

Maintenant si je te dis : “Au coeur de la pierre, demeure le dessin splendide qu'elle proclame et qui, comme les formes des nuages, comme le profil changeant des flammes et des cascades, ne représente rien.” Qu’est-ce que cela t’inspire, qu’est-ce que cela t’évoque et reconnais-tu cette citation ?
 

Je ne reconnais pas cette citation et je ne reconnais pas son contenu ! Parce que, la force des minéraux, c’est justement de ne pas fonctionner dans l’aléatoire. Ce sont des forces électromagnétiques, qui gèrent à la fois les atomes, quarks, etcetera, et qui gèrent en même temps au niveau nanométrique, micrométrique, métrique, décimétrique, kilométrique, et ensuite année-lumière … Tout ça, ces forces électromagnétiques sont les champs qui permettent à l’ensemble de l’univers de se tenir en place. Si on parle de nuages et de choses plus aléatoires, c’est vrai que la gouttelette d’eau, H2O, est déjà une structure électromagnétique qui fonctionne, qui absorbe et qui repousse. Sinon la brume n'existerait pas, le brouillard n'existerait pas et ces forces sont absolument magiques, fabuleuses, explicables. Moi je suis toujours fasciné. Il y a une chose que j’adore, c’est quand on dispose une plaque de plastique sur le sol dans un pré, on va la voir au petit matin avec les gouttes de rosée dessus et on voit tout l'arrangement des gouttes, il n’y en a pas une qui se touche. Elles forment une sorte de trame et si on se trouve au bon endroit, elles ont toutes le même diamètre, un peu comme une opale aurait ses petites sphérites de silice. Ça ça me fascine ! Ça s’explique, mais c’est fascinant ! Si le système d'interaction entre ces atomes, entre ces échanges intramoléculaires ne se faisait pas, l’aléatoire du nuage qui passe dans le ciel, l’aléatoire de la brume, ne pourrait avoir lieu. La meilleure écriture de l’univers se trouve dans ces échanges électromagnétiques. Moi j’ai choisi les minéraux, plus que ce matériel vaporisé, parce qu’il est la représentation concrète des clés de l’univers. Beaucoup plus que tout le reste.

Maintenant, si ces molécules ne voyageaient pas au travers des gaz, de l’eau et autres, il est vrai que beaucoup d’espèces minérales n’existeraient pas. Déjà il y a au moins 75% de ces espèces qui sont formées sous l’impulsion de l’eau, donc c’est quand même pas n’importe quoi. L’eau va provoquer des réactions physiques et chimiques chez certains matériaux, qui en remontant, en changeant de pression, de température et avec une vitesse de cristallisation plus ou moins rapide, vont donner d’autres espèces minérales. Là la magie s'opère parce qu’il y a d’autres facteurs qui jouent, mais les phénomènes d’agencement de ces briques élémentaires, restent les mêmes, que ce soit à l’échelle de l’infiniment petit, comme de l’infiniment grand, c’est toujours ce phénomène la qui règle l’univers. Le grand maître de l’univers, c’est le phénomène électromagnétique.

 

Cette citation était tirée de La lecture des pierres écrit par Roger Caillois

 

Je l’ai pas retenu celle-là. Du Caillois j’en ai lu des colonnes entières et je viens de finir un livre sur lui. Désolé celle-là m’a échappé mais il y en a tellement … J’en ai peut-être deux ou trois milles en tête … Ah merde ça ça me fait rager ! Là tu m’as bien eu ! Ça aurait aussi pu être un autre auteur car ils sont nombreux à avoir publié à la façon de Roger Caillois et donc je me méfie toujours des citations. Pour ne pas salir son image et revenir systématiquement à lui, je me suis gardé de cela. Mais celle la tu vois elle m’a échappé … En toute honnêteté.

Caillois a touché en moi, tout ce que j’aurais aimé écrire, tout ce que j’ai ressenti, hélas, est passé entre ses mains quasiment. Bon il y a Ponge et d’autres gens comme ça qui ont publié des choses admirables. Mais Caillois a atteint au niveau de l’observation et de la métaphore, un petit quelque chose qui l’a rendu unique en son genre. Ses écrits sont tellement forts, soit on les aime, soit on ne les aime pas. Quand j’ai reclassé sa collection, le fond qui est au sous-sol du Musée de l’Homme, il m’est arrivé d’inviter des conservateurs de musées qui étaient complètement effondrés, admiratifs devant la collection. C’était comme si on leur avait offert le Graal. Ce sont des grands moments que j’ai vécus avec eux. En revanche j’ai quelques amis, ici au Muséum, qui sont rentrés dans la collection, ils ont fait un tour et son ressortis “oui bof …” - Il y a bien un échantillon, un détail, quelque chose … On ne peut pas rester insensible … Mais ils étaient sous cloche de verre et n’ont rien vu au travers c’est étonnant.

On pourrait alors évidemment être sarcastique, se dire bande d'iconoclaste, traiter … Non … Moi j’ai toujours l’habitude de prendre le négatif et de trouver du positif. C’est peut-être ce qui a fait ma force sur un certain nombre de recherches. Toujours rebondir. Jouir du positif mais rebondir sur les gens qui agressent, qui m’agressent et qui ont de la mauvaiseté en eux. C’est aussi une façon d’affirmer quelque chose, même s'ils ne savent pas toujours comment l’exprimer et quelque part dans ces critiques acerbes et souvent malvenus, il y a un fond qui peut être très intéressant. Ce qu’ils ne savent pas quand ils me malmènent - alors parfois ça fait mal quand même - j’accepte leurs critiques parce que je me dis que finalement, même si on croit avoir trouvé et avoir raison, il y aura toujours quelqu’un - et heureusement - qui pourra affirmer le contraire tout en apportant de nouveaux éléments qui vont peut-être détruire les thèses que j’apporte, pour déboucher sur quelque chose d’encore plus beau, ou de plus extraordinaire. Et je le souhaite. Quand je vois ce qu’il se passe aujourd’hui dans le monde sur les phénomènes iconoclastes, les agressions sexistes, etcetera, exacerbés par un travail de fond des médias, je me dis qu’il y a une leçon à tirer quelque part de tout ça. Les problèmes écologiques … J’estime que dans 10 ans l’humanité est condamnée. Je ne sais même pas ce que l’on va pouvoir manger dans quelques années. Alors certains laissent entendre 20 ans mais moi ça fait 18 ans que je m’intéresse au problème, j’ai même publié des petites choses là-dessus et sur mon calcul perso, au travers de centaines et de centaines de petites thématiques, je sais que dans 10 ans on est condamné. On aura plus rien à manger.

Je me dis qu’il y a quand même une leçon à prendre la dedans. D'abord si j’arrive à vivre encore 10 ans - j’espère - si je connais la fin du monde - mais ce n’est pas une fin du monde comme on l’entend au cinéma - je me dis au moins j’aurai la chance de connaître la fin du monde et de l’humanité. On va souffrir … Mais j’aurai vu ce que c’était que la gloire et la décadence et ça je le dis c’est fantastique. Le problème ça va être pour les publications postérieures … Ça va pas être facile là parce que je ne sais pas comment ça va se passer … Et qui va les lire surtout … Néanmoins, il y a toujours, à la fois dans le bien et dans le mal - le yin et le yang on appelle ça comme on veut - des leçons à tirer et j’estime qu’au travers de ces réflexions, il faut savoir rebondir dessus et garder ses convictions, ses savoirs, modifier ce que l’on croyait être à condition que cela soit dans un sens argumenté et positif. Le fait de réfuter les pires extrémistes, ça non je ne peux pas faire l’autruche. On peut tout faire mais pas l’autruche … Voilà … De toute façon l’autre à la tête dans le sable et le reste dehors donc immanquablement tôt ou tard elle va se sentir mal ! C’est un peu ma vision et philosophie de vie. Ne pas s’arrêter, continuer, ne pas se décourager et si on a des convictions, il faut aller  jusqu’au bout. Si on veut admettre qu’on a tort où on tord, mais il faut aller jusqu'au bout. C’est pour ça que je suis passé du coq à l'âne tout au long de ma carrière et même mes filles ne savent pas me définir quand on leur pose des questions …

 

En restant dans cet esprit de te définir, pourrais tu inventer un mot ou me donner une citation qui te résumerait ?

 

Wouah ……….. Alors là … S'il y a un mot ce serait VOCATION. Si quelqu’un a une vocation, ça veut dire qu’il ne sait pas ce que cela veut dire d’aller au travail et mon grand bonheur, tout au long de ma carrière - ça n’a pas été facile - ça a été de me dire, par exemple quand je viens au Musée de l’Homme, au Jardin des Plantes ou ailleurs, je me dis que je ne viens pas pour travailler, je viens pour me faire plaisir. Si on n'a pas une ou plusieurs vocations - en général on en a une plus affirmé qu’une autre - si on n'a pas de vocation dans la vie, on a perdu quelque chose. On aura beau beau avoir de l'amour, tout l’amour du monde, de l’argent pourquoi pas, des biens matériels, mobiliers, immobiliers, peu importe, mais si derrière ça il n’y a pas une vocation, une idée qui est ancrée au fond de soi et qui permet de justifier tout ce que l’on fait - quand je dis justifier c’est par rapport à soi, un travail au fond de soi - je me dis non … On se perd. On avance comme un mouton et puis on passe à côté de la vie. La vocation ce n’est pas tout prendre, c’est prendre un certain nombre de thématiques, une ou plusieurs et admettre humblement que l’on ne peut pas tout prendre, on ne peut pas tout savoir. On sélectionne et on garde un certain nombre de choses. Mais quand on s’engage on y va à fond.

 

Si l’on prend ta vie dans sa globalité, depuis ta plus tendre enfance ou tu léchais les cailloux à aujourd’hui avec tes dernières recherches, pourrais tu sélectionner un objet et un seul pour lequel tu as eu une histoire particulière, une émotion plus intense, une attirance extraordinaire ?

 

Alors en terme d’objet … C’est dur il y en a trop … S'il y a un objet, ce serait la hache Papoue que j’ai remise, en tant qu’ambassadeur extraordinaire des Papous auprès du Président de la République, le 2 décembre 1982. Mitterrand m’a accepté sur le fameux divan des ambassadeurs - qu’on voit souvent à la télévision - et à qui j’ai remis la hache de pierre que Soleman Nari, dans le village d’Ormu Wari m’a remis en signe de paix pour le grand chef des Français. Quand j’ai été reçu à l'Élysée, cet objet je l’ai eu quelques semaines, quelques mois entre les mains. Il m’a ensuite filé entre les doigts car il est quelque part dans la famille Mitterrand aujourd'hui et l’objet avait une charge extrêmement forte. Il sortait des tripes ! Il a fallu le fabriquer, le polir - qui est plus difficile que la taille - et cette petite hache qui n’est pas très grande - elle doit faire 10-12 centimètres tout au plus - avec un polissage magnifique, en jadéite, provenant d’un nouveau gisement de Nouvelle-Guinée et quand j’ai vu la ferveur des gens, tout le village était là, ils ont chargé l’objet de toute leur sensibilité, leur amour, etcetera, pour que je transmette ce message. J’étais le dépositaire temporaire et heureusement j’ai trouvé la personne au bout qui m’a reçu et je n’y croyais pas … Je me disais qu’un président n’allait pas perdre du temps avec une hache de pierre Papoue c’est ridicule … Et bah si … Ça m’a poussé dans mes convictions de toujours continuer et d’aller de l’avant en permanence. Il faut croire absolument, à partir du moment où cela ne nuit pas aux autres, à partir du moment ou c’est quelque chose d'honnête, quelque chose qui est l’affirmation symbolique de quelque esprit. Si quelque part on peut juste transférer l’objet d’un endroit à un autre, sachant qu’il ne m’appartenait pas évidemment, c’est l’un des très très grands moments de ma carrière.

Plus tôt quand on parlait de Raoni, de Mundiya Kepanga et de gens comme ça, je me disais, eux transfèrent avec eux-même, ils sont porteurs. Moi c’est beaucoup plus humble, j’ai simplement transféré et fais un échange de courrier lithique d’une nation à une autre et je ne suis jamais retourné là-bas. J’ai failli y retourner il y a peu de temps par Nomade Aventure mais je n’y suis pas retourné. J’aimerais tellement savoir ce qu’il s’y passe la aujourd’hui. Savoir comment les choses ont évolués - en bien ou en mal je ne suis pas là pour juger, chacun a le droit d’évoluer à sa manière - mais oui … cette hache la, celle que tu as vue en photo … C’était un grand grand moment. Ce n’est pas l’idée que je m’étais faite de me retrouver au centre de quelque chose. Juste j’étais le porteur d’un message. Pas n’importe lequel … Un grand message de paix …

 

 

Pour en venir à la Société des Explorateurs Français, te souviens-tu en quelle année tu l’as intégré et qui étaient tes parrains ?

 

Qui étaient mes parrains … Alors il y avait Franceschi ... En fait la SEF j'aurais pu y accéder mais je n’avais pas d'argent à l’époque. Je crevais, je mangeais dans les poubelles à Paris. Je n’avais pas d'argent, j'étais jeune étudiant et c'est Gérard Delloye et Pierre-Dominique Gaisseau que j'avais rencontré, qui faisaient partie de la Société des Explorateurs Français, enfin non, c'était le Club des Explorateurs et avec qui j'avais pas mal échangé à l'époque à propos des Papous évidemment et qui avaient insisté pour me parrainer et rentrer au club. Je leur ai dit “tout l'argent que j'ai, je le place dans mes voyages” parce qu’à l'époque j’auto-finançais entièrement mes expés, je travaillais pour avoir de l'argent et pour pouvoir voyager. Quand je suis rentré de Nouvelle-Guinée la première fois, évidemment je les ai retrouvés on a rediscuté machin et “ ah il faut que tu rentres au club et tout” je dis “non … non je ne peux pas”. Par pudeur je n’allais pas leur dire je mangeais dans les poubelles, que j’étais tellement fauché et que ce n’était pas possible. Finalement Gaisseau a disparu, Delloye je ne sais pas où il est et le temps a passé. Ensuite j'ai rencontré Patrice [Franceschi] qui vous voulait partir en Nouvelle-Guinée, il avait entendu parler de moi, on a discuté et là il a organisé son premier voyage. Il voulait faire la traversée Nord-Sud dans le début des années 80. On a sympathisé avec lui et Bernard Wolfrom. On a pas mal échangé, ils ont pu organiser des voyages là-bas et progressivement j'ai revu Patrice, cher camarade Patrice. Puis on a commencé à discutailler tout ça et il m'a dit “ il faut que tu rentres à la SEF et tout” et donc il a accepté de me parrainer - mais je ne sais pas du tout à l'époque c'était … J’ai oublié ... complètement oublié … Et le second j'ai un doute je sais plus. Peut-être Collin Delavaud mais j’en suis pas certain. En tout cas j'ai été élu à l'unanimité ça je le savais à l'époque et puis non je ne me suis pas plus intéressé que ça savoir la date, le truc. C'est vrai qu'il faudrait que je retrouve cette date un jour. Ensuite Patrice m'a demandé de me présenter au bureau, ce que j'ai fait puis j’y suis entré, et je ne l’ai plus jamais quitté.

 

Quelles étaient tes motivations à l’époque ? Pourquoi avoir eut envie de rentrer dans cette secte d’explorateurs ?

 

En fait à l'époque je m'étais dis bof … C'est pas la SEF d'aujourd'hui, elle était beaucoup plus … Il y avait pas mal de chercheurs du Muséum qui étaient là bas et j'ai pu approcher les gens qui ont fréquenté la Nouvelle-Guinée, j’ai également vu les projets Boudeuse et j’ai commencé à voir vraiment des choses se construire à partir de la. C'est ce qui m'a incité à rester. A un moment donné j'ai failli partir parce que je me suis dit “non, c'est en train de piétiner, c'est lourd ça n'avance pas” bref. Quand La Boudeuse a commencé à partir, je me suis investi pour l'équipage et au final j'ai embarqué. C'était une très bonne expérience de marine, plongée, escalade, géologie et minéralogie etcetera. Les rapports avec Patrice étaient parfois un peu tendu mais c'est toujours du bonheur parce que ça fait partie des gens que je fréquente et avec qui j'aurais pu m'en gueuler depuis depuis des années pour des broutilles. Là c'est pareil, je parlais parler de vocation ce sont des vocations qui vont toujours de l'avant. Que l'on s'engueule ou pas, de toutes façons on y va. L'intérêt au final c'est de résoudre, de trouver les solutions qui permettent d'aller vers le but attendu et c'est ça que j'aime. Peu importe les effets de manche, le tout c'est d'arriver à un but et produire des choses qu'ils apportent à la communauté et personnellement aussi à un accomplissement de soi. Du coup ça crée des amitiés qui sont quasi éternelles.

 

Aujourd’hui qu’est ce que cela représente pour toi d’être un “ explorateur français ” ?

 

Ce qui me gêne c'est français. Non je suis pas … je ne me sens pas comme un explorateur, je ne suis pas à ma place en tant qu’explorateur. Pour moi l'exploration, du moins pour beaucoup, c'est les moyens que l'on se donne pour atteindre un but. Or moi les moyens qu'on se donne pour aller au but je n'en ai rien à faire à la limite. Le tout c'est d'être capable de supporter le froid, le chaud, la pression, la compression et c'est pour y arriver, c'est le travail autour du but qui m'intéresse.

L'exploration en elle-même je la vis par adoption. Il ya des gens plus à même que moi pour parler de ça. Je n'ai pas l'âme d'un explorateur. J'ai découvert plein de trucs dans ma carrière mais je me sens pas explorateur. Mon propos n'est pas dans cet acte qui mène à quelque chose pour démontrer qu'on l'a fait. Je n'en ai rien à foutre.

Ce qui m'intéresse c'est le but. Il faut atteindre ce but et pour ça il faut avoir bouffé du terrain, il faut en avoir chié tous les coins pour arriver à se donner les moyens physiques et intellectuels pour y arriver. Que l’on soit épuisé ou pas, il faut rapporter des données, les enregistrer dans le cerveau, ne pas oublier tout ce qu'on a vu, le moindre détail, le moindre espace à vision 2D, 3D, philosophico, ce que l'on veut ; et rapporter tout ça pour éventuellement le publier, le digérer pour en faire des cours ou autres. Peu importe les moyens du moment que l’on va vers ce but là. Ce qui fait que moi je me suis nettoyé la tête de tout ça - et c'est drôle parce que quand je me retrouve sur des parois de 600 mètres de verticale, ça me dérange pas, j'attends quelque chose - donc mon propos c'est - évidemment je n’ai pas envie de tomber c'est clair - mais c'est d'aller chercher quelque chose d'intéressant.

Escalader pour escalader ça ça m'emmerde, c'est sans intérêt pour moi. C’est pour ça qu’en terme d'exploration ... l'exploration n'est que le taxi que je prends pour aller quelque part et trouver quelque chose ou rapporter quelque chose sur lequel je puisse travailler. Mais rapporter ce n'est pas uniquement rapporter un objet, c'est une partie de philosophie, il y a une part de poésie et de scientifique si possible.

C’est pour ça que, quand j'observe les nouveaux arrivants de la SEF, il ya des gens qui sont complètement décalés quoi, même complètement à côté de la plaque et qui sont mal reçus d'ailleurs pour certains mais je sais qu'au fond d'eux, je comprends parfaitement leur travail. Des fois j'entends même des gens qui critiquent les scientifiques. J’ai envie de leur dire d’arrêter car ils se savent pas ce qu’ils ont fait. Eux ne parlent pas de l'aventure comme vous, ils la vivent, ils la supportent, ils la choient … Mais leur problème c'est la finalité de ce voyage. On se déplace pas pour rien si on va là c'est qu'on a quelque chose à y faire sinon on serait ailleurs.

 

Dans tout ce que tu as vécu, lu, vu, entendu … Quelle est la chose qui te fascine le plus et dont tu voudrais absolument avoir la réponse ?

 

C'est la question que tout le monde se pose : qu'est-ce que l'Homme ? L'Homme vaque quotidiennement, il va à droite à gauche, il essaie de battre des records, il essaye toujours d'aller plus loin … Donc c'est records sur records, technologiques, techniques, physiques, chimiques, ce qu'on veut. On cherche toujours à aller de l'avant mais au final c'est quoi ? Parce que l'humanité représente quoi si on avait une allée du jardin des plantes qui fait 500 mètres, la présence de l'homme sur terre par rapport à ces 500 mètres représente à peine 6 cm. Alors les prétentions de l'humanité, dire on va sauver la planète - d'abord la planète n'a pas besoin d’être sauvée, la planète elle vit sa vie à elle et quand l'homme dit "je vais sauver la planète" il a l'impression de se sauver lui-même, quitte à marcher sur les animaux et les plantes.

Ce grand prédateur qu’est l'homme, qu'est-ce qu'il fout sur terre ? Quelle est la position de l'homme ? On épuise complètement les ressources vivantes et les ressources minérales … Pourquoi ? Pourquoi on fait ça ? Alors on nous a toujours appris que l'animisme ça ne devait pas exister. Au final je me que les animistes quelque part avaient tout compris sur la gestion de la planète par rapport à l'Homme et je trouve que dans cette croyance, il y avait un immense respect de la nature et un immense respect des cycles de la nature. Il y avait surement des dérives comme partout mais au moins il était en communion avec leur planète et avec les différentes religions qui sont mises en place, polythéistes, monothéistes et autres, on a coupé cette relation, définitivement, avec cette forme d'animisme même s'il ya des gens qui y reviennent. Alors c'est presque les végans aujourd'hui, il y a peut-être des gens qui en ont peut-être trouvé des solutions mais pour revenir vers quelque chose de plus sain avec un regard différent sur la nature ... j'ai la chance je crois que c'est une immense chance c'est que, où je me trouve dans le monde, à partir du moment ou je vois un objet beau, immédiatement j'ai une montée d'adrénaline. Ça peut être l'objet le plus ridicule qui soit comme un paysage absolument somptueux et je ne peux pas cacher ma joie. À chaque fois c'est *grande inspiration* … Il faut que ça sorte ! Et la plupart des amis qui me connaissent bien et avec qui j'ai voyagé “oui ah bah Erik bien sûr ... bon”. Mais ça a un côté chic parce que souvent on me dit “ah Erik on a un truc pour toi” et en général quand ils me traînent par la main et machin je sais qu'ils vont montrer quelque chose d'exceptionnel. Comme quoi … Je me dis que, si un jour je perds cette foi dans la beauté, ce jour là je n'existe plus. J'aurai acquis le néant, chose que je ne le veux pas à acquérir c'est le néant. Je sais que je vais retourner mais de mon vivant, je veux pas devenir néant. La néantisation de l'esprit humain, c'est la pire des choses qui puisse exister et tant que j’aurai cette foi je pense que la position de l’Homme ce serait peut-être effectivement de rester enfant et sensible à la beauté qui est autour de lui - artificielle mais surtout naturelle. C’est peut-être là que se trouve l'identité de l'homme mais on l’a oublié.

 

Quand on est petit, on a tous des rêves plus ou moins fous et plus ou moins réalisables. Quelques étaient les tiens ?

 

C'est simple mes rêves d’enfant étaient complètement saugrenues et il se trouve que tout ce que j'ai fait durant ma carrière en fait c'était de mes rêves d'enfant. Que je le veuille ou non, les événements qui se passent devant moi - dans un futur proche ou plus lointain - sont la résolution de mes rêves d'enfant. Je voulais être chirurgien je me suis retrouvé dans des conditions il a fallu que je fasse de la chirurgie. J'ai sauvé jambes, des bouts de doigts des choses comme ça, avec trois fois rien. Ils ne sont pas morts heureusement mais je n’avais pas le droit de le faire. Ça a été fait parce qu'il fallait réagir. Je voulais être dans les minéraux, c'est fait. Je ne voulais pas être prof, c'est fait, je ne suis pas prof, mais j'enseigne en tant que maître de conf. Je rêvais de marine et j'ai voyagé à bord de pas mal de bateaux autres que La Boudeuse. Je rêvais de faire la spéléo, j'adorais ça, c'est fait. La montagne, c'est fait. J'ai … C'est marrant je dis souvent à ma femme “tiens je viens de réaliser un de mes rêves ! Je vais mettre une croix de plus dans mon petit carnet personnel”. Ce n’est pas une collection, c'est simplement que la vie est faite curieusement et tout ce à quoi j'aspirais et rêvais sans y croire, s'est réalisé. Mon premier voyage grand voyage en dehors de la France et d'Europe c'était donc d'aller dans les dunes … Nickel, je suis allé en Nouvelle-Guinée. C'est dire que je suis allé sur le chemin opposé et il va me falloir 15 ans pour aller voir le désert et tout s'est fait comme ça. Alors au début je luttais pour pouvoir aller vers mes rêves et plus je luttais, pire c'était. J'avais des obstacles et des choses qui m'interdisait de réaliser mes rêves. Finalement, philosophiquement, je me suis laissé emporter pour laisser aller les choses et prendre patience. Je voulais écrire des pièces de théâtre pour m'amuser. Quand j'étais gosse j'écrivais des pièces des … c'est fait. Quand j'étais enfant j'écrivais des dictionnaires … Bah je suis en train d'en terminer un autre là. Je voulais écrire … Mais ça se fait et je n'ai pas lutté pour ça. Je ne me suis pas fixé comme objectif de faire ça ou ça ou ça. Non ! Je reste opportuniste, je vais là où la vie me porte par le biais de rencontres évidemment etcetera. La SEF pour moi a été un lieu de rencontre assez sympa. Je ne lui dois pas tout ce que j'ai fait loin de là, mais ça m'a permis de rencontrer des gens, complètement dans une dérive hors normes comme on aime les voir, des gens fadas capables de partir à peu près n'importe où dans n'importe quelles conditions et qui viennent pas se plaindre parce que le bar est rance ... C'est le côté sympa et puis surtout la SEF donne le moyen d'encourager des gens et de redonner de l'espoir à des gens qui perdaient leur foi en ce qu'ils étaient et en ce qui pouvait être. Moi j'aimerais faire de la SEF un lieu où des gens puissent enfin trouver la paix au fond d'eux-mêmes en se disant “j'ai jamais pu le faire parce que j'ai trop travaillé, j'ai fait si j’ai faits ça, mais aujourd'hui peut-être qu'avec la société je vais arriver à réaliser quelque chose”. Mon but c'est de pousser ces gens à aller vers nous, pas pour faire de la SEF un immense club, mais pour réunir des gens et susciter des vocations une fois de plus, qui vont pousser ces gens à faire des choses bien à travers le monde. Pas des choses comme on en voit pour d'autres vocations plus extrémistes [sans citer de nom].

 

A chaque fois que je t’écoute parler de ton travail, que ce soit face à des enfants sous une tente de bédouins à La Ciotat, lors de dîner à la SEF, ici dans ton bureau au Muséum, ou encore lors de conférences … Tu sembles toujours être animé par la même passion et la même énergie peu importe ton public et peu importe le sujet. Tu aimes le partage, l’échange, ça se voit mais qu’est-ce qui continue d’attiser la flamme que tu as au fond de toi et qui fait que tu t'émerveilles toujours de tes passions et de la vie en général ?

 

Je sais pas, ce n'est pas fabriqué, je reste dans la spontanéité. Je te dis j'aime le beau donc si je me retrouve dans une communauté, je ne vais pas prendre la parole systématiquement. Si on me la donne je la prends - ou par parce que des fois je n'ai pas envie de parler et c'est arrivé sur des tournages je leur ai dit d’aller se faire foutre “on ne tourne pas aujourd’hui et puis c'est comme ça vous voulez me foutre à la porte ce n'est pas un problème mais foutez moi la paix”.

Quand on se retrouve avec des gens centrés sur nous, sur moi, je pense que le fond est très simple. Longtemps dans mon enfance je posais des questions. À ces questions je n'avais pas d'interlocuteurs qui puissent me répondre et c’était une catastrophe ! J'en avais marre ! J’étais tellement frustré qu’on ne me réponde pas. “Tu es trop petit, tu n’as pas besoin de savoir ça, tu nous emmerdes …” dans le pire des cas. J'ai tellement souffert de ça qu’un jour je me suis présenté à la Fondation de la Vocation Bleustein Blanchet en 84, mon parrain c'était Yves Coppens, le second c'était le professeur Philippe Taquet qui deviendra par la suite directeur du Muséum National et quand je me suis pointé à la fondation je rentrais d’un de mes voyages de Nouvelle-Guinée. Je suis rentré j'avais la malaria et grave, bien bien attaquée. J'avais deux amis qui m'avaient dit “pourquoi tu ne rentres pas la Fondation de la Vocation” - “ils attendent bien d'autres personnes que moi et non ça peut pas marcher comme ça” - “mais fait le quand même !”. J'ai demandé les papiers, j'ai rempli les papiers, et quand on a 40 de fièvre, un peu plus même, je ne sais pas mais j'aimerais bien revoir le document que je leur avais livré. Un jour faut que je leur redemande me ressortir le dossier. J'ai rédigé un truc … Dans un état second, comme si j'étais passé par des drogues bizarroïdes, comme si je marchais au peyotl je n'en sais rien … Et j'ai rédigé ce truc. J'arrivais à peine à décoller le crayon du papier et je faisais un peu comme l'écriture interrompue des surréalistes. Je l’ai ensuite porté moi-même et je me suis mis un point d'honneur à y aller. J'étais dans un état … J'ai trouvé l'adresse et puis je suis arrivé, j'ai ouvert la porte, quand j'ai vu la tête des trois dames qui s'occupaient de la fondation à l'époque, elles ont vu arriver un zombi … Je tremblais, je leur ai remis le dossier c'était quelques heures avant la date de clôture des inscriptions. Elles m’ont proposé de m'asseoir et un truc qui m'a frappé c'était une des sculptures de Niki de Saint Phalle qui était à gauche près de la cheminée. Elles ont regardé le dossier, feuilleté comme ça, elles l’ont refermé et elles l’ont déposé une petite pile qui devait faire 25 centimètres de hauteur. À ce moment la je me dis “ah ! Ça semble les intéresser. La poubelle est en dessous, ce n'est pas passé à poubelles, peut-être que j'ai un espoir”. Et je suis rentré à la maison pour me soigner. Quand j'ai appris la nouvelle - on apprend toujours au dernier moment, ça fait partie du jeu - j'en ai pleuré. Je n’y croyais pas … J’étais en faillite personnelle, j'étais dans un état lamentable, j'étais dans les conditions de vie terribles et là, ils m'ont refoutu un coup de boost mais incroyable. Il n'y a qu'une chose que je rêve de faire, j'aimerais avoir un jour assez d'argent pour rembourser la somme, enfin l'équivalent de la somme qui m'avait été offerte à l'époque en tant que lauréat et l'offrir à un prochain lauréat. Transmettre ! Je n’ai pas réussi encore à le faire, mais j'ai des rêves et j'ai confiance donc je vais peut-être y arriver. Du coup ils m'ont permis de sortir de cette grosse merde. Puis, j'ai appris la vie de Marcel Bleustein-Blanchet qui s'est retrouvé dans les prisons, dans les geôles espagnoles et qui s'était fait comme promesse que s'il sortait indemne, il aiderait des gens à sortir de la merde. J'ai trouvé ce message tellement incroyable et tellement beau et je me suis dit “la fondation s'est intéressée à mon cas elle, m'a accueilli en son sein et ils m'ont permis de ne pas m'effondrer complètement, je laisserais perdurer cet esprit”. Quand j'ai donné mes premiers vrais enseignements, chaque fois je me suis dit que si quelqu'un, quel que soit son âge, son sexe, son origine géographique et tout, si je peux répondre je réponds. Chaque fois que je rentre pour donner un cours, pour une conférence ou une visite guidée, chaque fois, ma première chose que je me dis c’est de répondre à tout le monde. Dans la limite du possible bien sur. C'est cette foi qui me guide et qui me pousse à libérer ma passion. Voilà, il y a tellement de choses à dire et tellement de choses à faire. Je peux pas garder ça pour moi.

 

C’est beau cet amour du partage !

 

Wouai mais il y a des gens qui ont quand même laissé entendre que j'étais pas quelqu'un de … que c'était de l’ego … Non ... Je pense qu'ils n'ont pas compris. On a une durée de vie assez courte, plus ou moins longue pour chacun, 110 ans machin et d’autres meurent alors qu’ils ne sont pas nés. Il faut profiter d'acquérir des connaissances et se dire qu'à un moment donné il faut lâcher du lest. Choisir son moment peut-être et se dire que tout ce que l’on apprend, il faut impérativement le transmette, tout en laissant les autres dans leur libre choix de prendre ou de laisser. Je n'ai pas à leur inculquer quelque chose d'arbitraire. Si vous pensez autrement, cc n'est pas grave, tant mieux, ça prouve qu’il y a toujours un discours à faire, quelque chose à construire qui va animer des passions.

Je sais que j'ai révélé quelques vocations parce que j'ai des étudiants qui sont venus me voir 10-15 ans après et qui m’ont dit “ vous m’avez appris des trucs, je n'ai jamais oublié”. Ça c'est le plus beau des cadeaux ! Moi les médailles, les trucs, j’en ai jamais rien eu à faire. Quand quelqu'un revient des années après qu’il me dit “Monsieur, je ne vous ai jamais oublié, vous m'aviez dit ça à l'époque” … Alors il faut faire quelques efforts de mémoire parce que j'ai croisé pas mal de gens, mais quand j'arrive à les recentrer … Ça a permis à des gens de devenir géologues, bijoutiers, ... C'est incroyable ! Je me dis toujours “ne te tait pas ! Si tu sais et que tu peux répondre, tu le fais, dans la limite de tes capacités, mais ne déborde pas !” Alors quand on m'attaque sur certains films que j'ai tournés, je parle des petits hommes verts, je parle des extraterrestres … Bah oui ce n'est pas dans l'esprit extraterrestre où l’on voit des bipèdes qui voyagent dans monde. On sait que l’Homme ne tiendra pas le choc dans l'univers. Il n'est pas formé à ça, il ne peut pas. Il lui faut de toute façon une atmosphère et un phénomène électromagnétique qui le maintient debout sur sa planète. S'il perd cette pesanteur terrestre, si on ne la reproduit pas artificiellement dans les vaisseaux spatiaux, l'Homme va complètement péter un câble. Il ne pourra pas tenir et son corps ne lui permettra pas de le faire. Donc les voyages extraterrestres sur du long terme je ne crois pas. Du moins pas dans l'état actuel des choses, à moins de recréer une pesanteur sur laquelle l'Homme se sente comme s'il était sur Terre.

Bref je suis pour encourager les gens et transmettre. Que les gens me crachent à la gueule ce n'est pas grave. Je dis ce que j'ai à dire et s'ils voient les choses autrement c’est formidable. S’ils peuvent m'exposer eux aussi ce qu’ils savent, ça m'intéresse. Souvent c'est du néant qui me revient … On ne construit pas uniquement tout seul. Les gens ont l'impression que, parce qu'ils ont construit LEUR maison ... “Non excuse-moi, ta brique, la gaine de ton câble en cuivre, la prise électrique … C'est toi qui as inventé tout ça ?”. Non ... Tu as besoin d'une société derrière, hiérarchisée, avec des contraintes qui te permettent d'arriver à des résultats concrets. Après que toi tu dépasses ces résultats pour faire autre chose, tant mieux. Mais tu ne peux pas renier une société. Ce n'est pas possible sans elle. On n'est rien, on ne peut rien faire. Les animaux le savent. Même les plus isolés de la planète savent que de toute façon il y a un mâle, il y a une femelle et il faudra de toute façon se rencontrer un jour pour pouvoir discuter de choses TRÈS sérieuses sur la sauvegarde de l'espèce. On peut critiquer tout ce qu'on veut mais, de toute façon la société existe. Maintenant les problèmes de surpopulation ça c’est encore un autre problème … Mais la vie est belle moi je trouve !

Je vieillis chaque jour comme tout le monde, mais je me dis que c’est encore une belle journée qui arrive, même s'il neige et qu’il vente … Encore des événements qui vont se passer, c'est génial. J'ai un vrai plaisir à vivre. Je ne comprends pas les gens qui en arrivent au stade ultime de se suicider et je n'arrive pas à comprendre cet acte … Peut-être sur des cas très particuliers, en fin de vie, des gens atteints de maladies extrêmement graves. Je me demande s'ils ont vraiment analysé toutes les possibilités qui pouvaient encore rester, même si le corps ne répond plus, est ce que d'un point de vue cérébrale par exemple, est ce qu'il n'y a pas encore des choses à exploiter, des choses à faire … On ne peut pas baisser les bras … Maintenant chacun choisit sa fin dans la mesure où il peut le faire. C'est vrai que sur certains cancers extrêmement douloureux je peux comprendre qu'à un moment donné, certains tétraplégiques … Je peux comprendre et je ne juge de rien. Comme les avortements ... Les gens se permettent de juger des femmes qui vont avorter, ça me rend complètement hystérique. De quel droit peuvent-ils entrer dans la pensée des gens ?! Ils ne connaissent pas leurs vies, ils ne savent pas ce qui les pousse à le faire ! De quel droit ! Le droit humain, le droit de la femme, c'est quelque chose d’hyper sacré ! Je ne comprends pas … J'ai vraiment beaucoup de mal … Je pourrais devenir méchant dans certaines situations. Quand les gens se permettent de juger d'autres gratuitement ... Traiter les homosexuels de malades ... Qu'est-ce que ça veut dire ? Ils y connaissent quoi à la génétique ? Rien ! Alors fermez-la ! Le droit à la différence c'est quoi ? Parce qu'ils sont médiocres il faudrait que tout le monde le soit ? Putain dans ces cas-là il n’y a plus de créateurs, d'artistes, de philosophes, il n’y a plus rien. C'est l'anéantissement du cerveau humain. C'est ce qu'ils veulent ? Qu’ils restent chez eux ...

 

 

 

 

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