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Bran, Roumanie - Les vampires entre contes et comte

16 Apr 2019

 

 

 

Afin de combattre l’oeuvre du Malin, oubliez les pieux en bois plantés dans le cœur, les balles en argent ou encore les gousses d'ail et remontons plusieurs siècles avant Bram Stoker pour découvrir l’origine des vampires et la façon la plus efficace de les combattre.

 

Avant tout, intéressons nous à la sémantique du nom vāmpῑr. Dans Etymologie Wörterbuch der Slavien Sprachen - Dictionnaire étymologique des langues Slaves, le linguiste Franz Miklosich explique que le mot vampire est un dérivé du mot slave upír - fantôme buveur de sang - terme qui serait apparenté au mot turc uber qui signifie sorcière. Dans un Moyen-Âge ultra religieux et régi par les croyances, il est possible que vampires et sorcières ne fassent qu’un.

Plusieurs textes anciens parlent de créatures fantastiques ayant pour appétence de boire le sang des vivants. En 1592, en pleine période de peste vénitienne, un homme témoigne : “ En ouvrant la tombe ils trouvèrent le corps entier, épargné par la décomposition mais gonflé comme une baudruche. Les membres étaient toujours accrochés, ils n’étaient pas rigides comme ceux des autres morts et on pouvait les bouger facilement. La peau était tombée mais elle avait repoussé par dessous. ”

Un peu plus tard, l'écrivain suisse Philip Rohr écrit en 1679 à propos de ce penchant sanguin dans un court récit intitulé Dissertatio Historico-Philosophica de Masticatione Mortuorum - Dissertation Historico-Philosophique sur les Morts Mâcheurs. Le secret pour combattre ces démon nous est alors dévoilé noir sur blanc !

 

Dans les années 2000, suite à des fouilles archéologiques à Venise, le crâne d’une femme avec une brique enfoncée dans la bouche fut découvert dans un ancien cimetière où avaient été ensevelies plus de 1 500 victimes de la peste noire. Selon les archéologues, cette technique était souvent utilisée au Moyen-Âge pour conjurer ceux qui passaient pour être des vampires. Selon certaines croyances, la peste était transmise par les vampires feminins. Le Dr Matteo Borrini de l'université de Florence explique que " cette idée trouve sûrement son origine dans le sang que les malades de la peste perdaient par la bouche au moment de leur mort ". Ainsi, pour empêcher ceux que l'on pensait être des morts-vivants en devenir de se nourrir d'autres cadavres, les fossoyeurs enfonçaient une brique dans leur bouche.

 

 

Il n’est pas rare de trouver en Italie des squelettes ayant subi cette opération pas vraiment chirurgicale. Au XVIème siècle, les convictions sacrées et superstitions populaires s’opposent aux avancées de la science. Les procédés de décompositions d’un corps sont alors mal connus car la mort reste un tabou sacré et effrayant.

Lors des épidémies de pestes, il n’est pas rare que les fosses soient réouvertes et réutilisées. Les fossoyeurs se trouvent alors parfois en présence de cadavres ressemblant à des morts-vivants aux chairs presque intactes. Les ongles et leurs cheveux semblent avoir poussés, leur peau tombe laissant entrevoir une sorte de seconde couche d’épiderme, leurs estomacs se gorgent de sang … Bref, toutes les réjouissances des effets post-mortems encore inconnus à l’époque peignent le portrait du parfait vampire prêt à sortir de sa tombe pour se délecter du sang des vivants.
 

Cette vision du vampire un peu poussiéreuse et moyenâgeuse est aujourd’hui bien loin des fictions contemporaines que l’on connaît.

 

“ Soyez le bienvenu chez moi ! Entrez de votre plein gré, entrez sans crainte et laissez ici un peu du bonheur que vous apportez ! C'est moi le comte Dracula, et je vous souhaite la bienvenue dans ma maison. Entrez, entrez. La nuit est froide ; vous avez certainement besoin de vous reposer, et aussi de manger quelque chose ... ”

 

Retournons en pleine époque victorienne rigoriste et plongeons nous dans les heures sombres de la littérature gothique. Dracula … Le roman mythique publié en 1897 par l’irlandais Bram Stoker (1847-1912) reste la référence et la source d’inspiration commune à toutes histoires de vampires.

Peu de chose nous sont parvenues de cet auteur et sa biographie comporte bien des passage mystérieux. Malade et alité une grande partie de sa jeunesse sa mère lui raconte des histoires effrayantes qui le fascine à propos d'épidémies de pestes (on y revient) et le petit Bram développe ainsi son goût pour le fantastique, pour l’horreur et pour la rêverie. Conservateur conformiste passionné d'ésotérisme, la figure monstrueuse du vampire à la bouche ensanglantée nait peu à peu dans son esprit, mêlant érotisme des personnages et intrigue surréaliste.

 

Il faudra près de dix années à l'écrivain pour finaliser son chef-d'oeuvre. La justesse de ses écrits et les paysages qu'il décrit dans ses lignes pourraient faire penser à une étude quasi ethnologique, historique ou folklorique et pourtant, Stoker n'a jamais mit les pieds en Roumanie - lieu principal de l'intrigue. Les montagnes des Carpates où les forêts de Transylvanie lui ont été dessinées en bibliothèque, lors de recherches documentaires, notamment avec les oeuvres de l’orientaliste hongrois Ármin Vámbéry ou encore avec un ouvrage intitulé The Land Beyond the Forest : Facts, Figures, and Fancies from Transylvania d’Emily Gerard.

 

Au fil de ses recherches, Stoker s'est également intéressé au lignées valaques et plus spécialement au voïvode Vlad III Basarab, surnommé Vlad l'Empaleur - ou Vlad Țepeș en roumain. Avec un tel surnom, son histoire n'a pu qu'être sanglante. En effet, il fut connu pour être un souverain cruel qui empalait ses ennemis. Des centaines de milliers d'hommes qui se dressaient contre lui - soldats de l'empire Ottoman ou négociants allemands - auraient subis son courroux et se seraient retrouvés embrochés sur un pieu. 

 

Un autre de ses surnoms lui est venu de son père Vlad II le Dragon : Drăculea - littéralement Fils du Dragon ... Tout est ainsi rassemblé pour créer un mythe.

 

" Son nez aquilin lui donnait véritablement un profil d’aigle ; il avait le front haut, bombé, les cheveux rares aux tempes mais abondants sur le reste de la tête ; les sourcils broussailleux se rejoignaient presque au-dessus du nez, et leurs poils, tant ils étaient longs et touffus, donnaient l’impression de boucler. La bouche, ou du moins ce que j’en voyais sous l’énorme moustache, avait une expression cruelle, et les dents, éclatantes de blancheur, étaient particulièrement pointues ; elles avançaient au-dessus des lèvres dont le rouge vif annonçait une vitalité extraordinaire chez un homme de cet âge. " 

 

Voila la description du terrifiant comte faite dans les lignes de Stoker. Étrangement, elle n'est pas sans rappeler celle du prince de Valachie précédemment cité. (voir la peinture ci-dessus)

 

Mais alors, si Vlad Tepes est associé à la région de Valachie, pourquoi l’Office du Tourisme de Roumanie nous vend-t-elle le château de Bran - en Transylvanie - comme étant le château de Dracula ? Et bien par pur intérêt commercial ! En effet, le prince valaque n’y a probablement jamais mit les pieds mais pour correspondre au mieux avec les descriptions de Stoker, Bran fut choisi pas des investisseurs pour développer le tourisme dans la région … Et cela fonctionne.

 

Construit par les chevaliers Teutoniques au XIIIe siècle, il faut avouer que l’édifice est plein de charme planté sur son rocher. Son histoire est riche et liée aux plus grandes familles d’Europe de l’Est mais aucun vampire n’y a séjourné. Seuls les milliers de produits dérivés et babioles à l'effigie de Dracula se massent en contre bas sur les étals des commerçants.

 

 

En Roumanie, il existe plusieurs héros nationaux avec comme chef de fil l’ancien président de la république socialiste Nicolae Ceaușescu. Viennent ensuite le sculpteur Constantin Brâncuși, le dramaturge Eugène Ionesco, la Dacia construite par Renault et plus récemment Simona Halep la tenniswoman n°1 au classement ATP. Mais si la Roumanie ne devait garder qu’un seul ambassadeur, le comte Dracula l'emporterait haut la main.

 

Autre petit fait anodin qui mérite néanmoins d’être notifier, non loin de Bran se trouve le village de Glod connu pour avoir servi de lieu de tournage pour un chef d'oeuvre du 7ème Art à savoir le film Borat - et oui il n’a pas vraiment été filmé au Kazakhstan !

 

 

 

 

 

 

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