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Samarcande et Boukhara, Ouzbékistan - Sur la piste de la route de la soie

24 Feb 2019

 

 

 

Certains noms de villes comme Saïgon, Tombouctou, Persepolis, Babylon, ou encore Samarcande et Boukhara, éveillent dans le coeur des voyageurs, des rêveries imaginaires et des pensées des plus exotiques. J'ai eu la chance de partir pendant quelques jours, visiter deux des cités précédemment évoquées, afin de parcourir en train et en voiture, un bout de la mythique route de la soie

 

Nation des Samanides, des Timourides et du grand conquérant Tamerlan ( 1370-1405 ), l'Ouzbékistan est un pays peu fréquenté par les voyageurs mais il renferme pourtant de nombreux trésors. Tout au long de sa très longue histoire, le pays fut la plupart du temps dominé par les grands empires comme celui des Turcs, des Perses, des Grecs, des Arabes, des Khans Mongols ou encore des Russes ; pour enfin devenir un état à part entière en 1991 après la chute de l'URSS.

 

Pays laïque mais majoritairement musulman, je m'attendais à bien des choses sauf à ce que j'ai pu vivre durant ces quelques jours. Premier décalage avec mes idées préconçues, certains ouzbeks - et donc des musulmans - mangent du porc et boivent de l'alcool. Cela ne les empêche pas de respecter scrupuleusement les heures de prières et les fêtes religieuses comme le Ramadan et l'Aïd. Ici, les hommes ne portent pas la barbe - considérée comme un signe d'extrémisme sauf pour les anciens - et les femmes ne sont pas voilées. Au fil des discutions, j'ai également appris de nombreuses choses sur l'Islam en général, sur les représentations de Mahomet, sur les différentes éducations religieuses et leurs hiérarchies, ou encore sur le pèlerinage à la Mecque et à Médina - je vais d'ailleurs devoir me convertir si je veux y aller ... Les sujets de conversations sont intarissables tout comme les digressions qu'il est facile de faire, et comme mon envie de tout savoir. La religion islamique est ici vécue bien différemment que dans les autres pays musulmans que j'ai pu visiter auparavant et c'est en partie à cause (?) de ces expériences passées que je partais avec certains aprioris. 

Ensuite, il faut savoir que la période soviétique reste encore très ancrée dans les mentalités et dans leur quotidien. Impossible de compter le nombre de Lada que l'on croise sur les routes et l'esprit de la Sainte Mère Patrie Russe reste vénérée au même titre qu'Allah - sans idolâtrie rappelons le. 

Une chose importante qu'il faut également garder en tête, c'est le passé nomade des habitants et des éleveurs. Si aujourd'hui les yourtes et les caravanes ont laissées leurs places aux immeubles et aux routes bitumées, et si les caravanseraïs ont été transformés en restaurants, les mentalités nomades sont toujours très présentes. Cela se voit dans leur hospitalité, dans leur façon de tout marchander ou troquer, dans leurs mode de vie très simple, dans leur musique, dans leur nourriture et même parfois sur leurs corps ... Nous pourrions penser bien des choses sur ce pays loin de tout mais les ouzbek sont riches d'adaptabilité et d'inventivité. Ils ont dus se faire une place dans notre monde et tout cela est le résultat de siècles riches en histoires. La fameuse route de la soie les a maintenue au centre du monde commercial jusqu'au XVe siècle et elle a permis à cette région de lui donner sa grandeur - cachée / ignorée - d'aujourd'hui. 

 

Les architectures religieuse du pays sont comptées parmi les plus belles du monde. Les mosquées et les médersas sont impossibles à décrire tant elles sont imposantes. Certaines furent très compliquées à prendre en photo car elles ne rentraient pas dans l'objectif, malgré mon grand angle 10-20 ... Les architectes ont dus adapter leurs constructions aux caprices de la Terre parfois sans pitié tout en leur donnant des dimensions démesurées. Par exemple, lorsque l'on regarde les minarets des médersas de la place du Registan à Samarcande, il est facile de se rendre compte qu'ils ont été construits de façon à pencher vers l'extérieur des bâtiments. Ceci n'est pas une erreur de construction ni même l'oeuvre du temps, mais bien un moyen de limiter les dégâts lors de tremblements de terre - pour éviter que les débris ne tombent sur les toitures. Je ne parle même pas des somptueuses décorations de mosaïques et faïences peintes qui les recouvrent. Le bleu turquoise des dômes contraste dans ces paysages arides et les dorures reflètent les rayons du soleil omniprésent. Ces lieux de cultes sont à l'image de  des puissantes civilisations qui les ont pensées, entre splendeur et monumentalisme. 

 

Si Samarcande est un peu décevante car les sites historiques se mélangent à l'urbanisme moderne et à la circulation dense des voitures, Boukhara elle reste dans son jus. Ses dédales de ruelles non goudronnées regorgent de secrets et nous sommes vite replongés au temps des caravanes. Une fois perdus dans ces venelles, nous nous prenons à marchander des épices et des bijoux au milieux des locaux qui se dirigent au hammam ou au bazar, nous nous asseyons à leur table pour manger l'Och traditionnel ( à base de riz sauté, de viande de mouton et de gras ) accompagné d'un verre de vodka, et nous prenons un thé à l'ombre et au calme de l'un des nombreux caravanseraïs.

 

Pour finir, voici la liste des endroits ou je suis allé durant mon séjour. Le tour de ces deux villes se fait facilement et rapidement à pied.

 

 

Les immanquable de Boukhara : 

 

• Place centrale Liab i khaouz  

• Médersa Tchor Minor

• Citadelle Ark

• Mosquée Bolo Khauz

• Mausolée Ismail Samani

• L'ensemble Poï-Kalian

• Mausolée Chashma-Ayub

• Mémorial Chor Bakr

 

Ceux de Samarcande : 

 

• Mosquée Gour Emir

• Mosquée Bibi Khanum

• Nécropole Chah-e-Zindeh

• Place du Registan (médersas d'Ulugh Beg, Cher-Dor et Tilla-Qari)

• Observatoire astronomique d'Ulugh Beg

• Tombeau de Saint Daniel

 

Vous trouverez ci dessous les photos de ces différents sites. Comme je le dis plus haut, même avec les meilleures et les plus belles des photos, il est impossible de se rendre compte de l'immensité de ces édifices. Sur certains des clichés, vous pourrez vous faire une idée lorsque des personnes se trouvent à leur base mais il faut soit même être en dessous de ces portes gigantesques pour ressentir la puissance qui s'en dégage.

 

 

 

" Le nom de Boukhara se trouve pour la première fois, m'a-t-on dit, mentionné par un auteur arabe du Xe siècle. Cet auteur parle d'un pays de Boharia, situé dans le Mawarennahar ; il dit qu'il fut subjugué, en 684, par les Arabes, qui ne s'emparèrent de sa capitale qu'en 699. Presqu'au centre de cette ville, s'élève la Noumichkend, sur laquelle se trouve le palais du khan, un des plus anciens édifices de Boukhara

[ … ]

Les plus belles rues de Boukhara n'ont pas beaucoup plus d'une toise de largeur, et les plus petites ne peuvent servir qu'aux piétons ; car quelques-unes ont à peine trois à quatre pieds d'un mur d'une maison à celui d'un autre. Des chameaux chargés de broussailles , qui prennent beaucoup de place, font courir aux passants le risque d'être blessés dans les rues les plus larges

[ … ]

L’édifice le plus remarquable de la ville est le palais du khan ; les Boukhares le nomment Arck. On dit qu'il fut bâti par Arslan-khan il y a plus de dix siècles ; il est sur une éminence, et entouré d'un mur haut de dix toises , qui n'a qu'une seule porte ; l'entrée est en brique , et a de chaque côté une tour d'environ quinze toises de hauteur, ornée jadis de tuiles vertes et vernissées dont on voit encore quelques-unes

[ … ]

Le minaret de Mirgharab est le monument d'architecture qui m'a paru le plus beau ; c'est une tour bâtie par les ordres de Timour ou, suivant d'autres, par Kizil-Arslan-khan , entre une médressé de ce nom et la mosquée principale, ou mesdjidi-kalan. Le Mirgharab a trente toises de haut, et à sa base environ douze toises de circonférence ; il diminue en s'élevant ; ses proportions lui donnent une apparence de légèreté fort agréable à l'œil ; les briques dont il est construit sont disposées avec goût, et, malgré son ancienneté, il est parfaitement conservé. On compte à Boukhara trois cent soixante mosquées ; il y en a une près ou vis-à-vis de chacune des soixante médressés qui existent dans cette ville

[ … ]

Boukhara renferme quatorze caravanseraïs ; ils sont tous construits sur un plan uniforme ; ce sont des bâtiments en carré autour d'une cour. On voit sur chacun des côtés des chambres ou boutiques, au-dessus desquelles s'élève ordinairement un étage ; quoique très -petites, elles servent en même temps de magasin et de demeure. "

 

Egor Kazimirovich baron Meĭendorf, Osip Ivanovich Senkovskīĭ, Voyage d'Orenbourg à Boukhara, fait en 1820, à travers les steppes qui s'étendent à l'est de la mer d'Aral et au-delà de l'ancien Jaxartes, 1865

 

 

 

 

 

" Samarkand ayant en Europe un prestige extraordinaire, qu’elle doit à sa situation lointaine et au souvenir presque fabuleux de son histoire passée, je voudrais, à défaut de crayon, en donner ici une esquisse verbale. Pour cela je supposerai que le lecteur monte à côté de moi sur l’affreuse carriole où j’ai tant souffert. A l’Orient, il verra la montagne dont j’ai déjà parlé. Elle a une cime arrondie en forme de dôme et couronnée par un petit édifice où repose Tchobanata (le saint patron des pasteurs). Au dessous est la cité. Sa circonférence égale celle de Téhéran, mais les maison y sont beaucoup plus éparses ; néanmoins les massifs de ruines et les édifices les plus vue lui donnent un aspect tout autrement majestueux. Le regard s’arrête d’abord sur quelques monuments élevés en forme de demi-dôme, qui servent de façades - ou si l’on veut de propylées (pichtak) - aux médresse. De loin, ils semblent former un seul groupe ; quelques-uns, par le fait, sont à l’arrière plan. A mesure que nous avançons, se montre d’abord un petit dôme nettement découpé ; puis un autre, au sud, plus considérable et plus imposant ; le premier est le tombeau, le second est la mosquée de Timour.

[ … ] 

LES MÉDRESSE (Collèges). - Quelques-uns sont encore peuplés ; les autres, déserts, offriront bientôt plus qu’un morceau de ruines. Parmis ceux qu’on entretient avec le plus de soin, il faut compter la medresse Chiroudar et la medresse Tillakari, tous deux bâtis, à la vérité, bien après l’époque de Timour [ … ] 

Ces trois medresse encadrent la principale place, où le righistan de Samarkand, plus petit, il est vrai, que celui de Bokhara, mais garni d’échoppes comme ce dernier et fréquenté par des foules tumultueuses. "

 

VAMBERY Armin, Voyage d’un faux derviche en Asie Centrale, 1864

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En découvrir d'avantage : 

 

• Marco Polo, Le livre des merveilles, 1470

 

• Armin Vambéry, Voyage d’un faux derviche en Asie Centrale, 1864

 

• Egor Kazimirovich baron Meĭendorf, Osip Ivanovich Senkovskīĭ, Voyage d'Orenbourg à Boukhara, fait en 1820, à travers les steppes qui s'étendent à l'est de la mer d'Aral et au-delà de l'ancien Jaxartes, 1865

 

• Thierry Zarconne, Boukhara l’interdite 1830-1888, 1997

 

• cf. Benjamin de Tudela

 

• cf. Anthony Jenkinson

 

• cf. Vassili Verechtchaguine

 

 

 

 

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