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Tokyo et Kyoto - Le Japon en 4 rencontres

21 Jun 2018

 

 

 

Qu’est ce qui m’a amené au Japon ? Une fuite ? Une curiosité ? Une quête ?

 

La culture japonaise est remplie de mythes parfois tournés en stéréotypes.

A plus de neuf mille kilomètres de chez nous, cette société nipponne se trouve être aux antipodes géographiques et culturelles de la notre. Une des choses qui m’a motivée à aller visiter cette île était de me retrouver face à des divinités vivantes, face à ces traditions séculaires et inconnues, face à une sensualité impalpable et invisible …

Avant mon départ, je m’étais fixé quatre objectifs, ou du moins quatre rencontres indispensables à faire. Pour commencer, assister à un entraînement de sumos, ensuite dîner avec une geisha, voir un samuraï manier son katana et pour finir, admirer les tatouages vivants d’un Yakuza. Ces différents individus représentaient - dans ma tête et dans mon inconscient - l’âme du Japon. Ils étaient en quelque sorte les piliers porteurs de mes contes et de mes fantasmes orientaux.

 

Je n’ai malheureusement pas eu la chance d'approcher des Yakuzas de près. Le monde du tatouage m’est cher et c’est avec passion que j’aurai aimé contempler les leurs. Peut-être en ai-je croisé dans le métro, dans des temples, dans les restaurants, sans le savoir ? Les membres de cette mafia sont difficilement approchable pour le non initié et pour mon oeil néophyte, impossible de les reconnaître. J'irai un jour les voir et assister à leur défilé du Sanja Matsuri !

 

Les trois autres rencontres tant attendues ont belle et bien eut lieu et c’est avec beaucoup d’émotions que je vais vous en parler avec à la fin, un rendez-vous un peu plus surprenant.

 

 

En premier, ce fut les sumos.

 

Je ne vous parlerais pas ici des règles complètes d'un tournoi de sumotoris car je n’ai pas assisté à une compétition officielle. C’est évènements très attendus se déroulent tous les deux mois, six fois par an : en janvier à Tokyo / en mars à Osaka / en mai à Tokyo / en juillet à Nagoya / en septembre à Tokyo / en novembre à Fukuoka. Tokyo est donc, en plus d’être la capitale du pays, la capitale des sumos. On y trouve des centaines d’écoles appelées Heya pour la plupart regroupées dans le quartier de Ryogoku.

 

C’est l’une de ces “ écuries ” - traduction étrange mais juste - que j’ai eu la chance de visiter et dans laquelle j’ai assisté à un entraînement de Rikishi (les lutteurs / " hommes forts "). Cela commence très tôt. A 6 ou 7 heures : échauffement ! Les combats viennent assez vite et cela se termine aux alentours des 11 heures. Pas la peine de vous dire que ce sont quatre heures d'entraînements intenses et rigoureux ! 

Au centre se trouve le Dohyo (ring circulaire). Le but est de faire tomber son adversaire à terre ou de l'expulser en dehors des limites. Rien de bien compliqué et pourtant, il y a plus de quarante techniques pour gagner. Il s’agit donc avant tout d’un sport de stratégie. Si assister à un entraînement est gratuit, il faut, par respect, obéir à quelques règles de base et de bon sens : ne pas parler ; ne pas manger ; ne pas utiliser de flash …

 

Tout le monde affronte tout le monde et le vainqueur d’un match reste dans le Dohyo jusqu’à ce qu’il perde. Il peuvent donc enchaîner cinq, six, sept combats voir plus du moment qu’ils gagnent. Cela devient de plus en plus dur pour eux car ils doivent dégager une telle énergie pour se bouger mais également pour bouger l’autre que le plus souvent cela ne dépasse trois voir quatre combats. Et il n’y a pas de pause. Tout s'enchaine va très vite.

Voir une vidéo d’un match sur internet est assez impressionnant, mais le vivre en direct à seulement deux ou trois mètres de l’action … cela n’a rien de comparable. On se rend compte de la surprenante force d’impact quand les deux hommes se rentrent dedans ou lorsqu'ils tombent. Le bruit, la peau qui ondule, la souffrance marquée sur leurs visages … je n’avais jamais vu quelque chose d’aussi dur et d’aussi impressionnant dans un sport.

 

A la fin, le champion de l’Heya affronte tous les autres lutteurs. Et il gagne ! A chaque fois !

 

Assister à ce genre d'événements quotidiens est quelque chose d'unique et d'inoubliable pour nous, occidentaux que nous sommes. Pour certains japonais, cela fait parti de leur quotidien. Pour d'autres ... ils s'en foutent complètement ... un peu comme le foot chez nous. Quoi qu’il en soit, les sumos ont une histoire vieille de 1 500 ans et certains lutteurs sont encore aujourd’hui considérés comme des Dieux vivants.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jugez pas vous même !

 

 

Seconde rencontre improbable mais tout aussi inoubliable, celle avec une Maiko !

 

Pour commencer, qu’est ce qu’une Maiko ? Il s’agit d’une apprentie Geisha - également appelée Geiko à Kyoto. Pour en finir avec les croyances populaires plutôt tenaces, ces femmes ne sont pas des prostituées. Ce sont des femmes de compagnies raffinées qui excellent dans la pratique de certains arts comme la danse, le chant, la musique - jouant entre autre du tsuzumi ( petit tambour ) et du shamisen ( instrument à trois cordes ) - le chanoyu ( cérémonie du thé ), l'ikebana ( composition florale ), la poésie et la littérature japonaise.

Devenir une Geisha est une réelle vocation. L’apprentissage commence vers les 15 ans et n’y a pas d’âge pour arrêter - par exemple Kyoto abrite la plus ancienne des Geishas qui vient de fêter ses 90 ans. La première étape débute par devenir une Shikomi. Pendant six mois voir un an, les jeunes filles se préparent et s'entrainent à devenir des Maikos. Viens ensuite une seconde période de six mois - un an ou les Maikos - la encore - s'entrainent pour devenir des Geishas. Les filles sont alors coupées de leurs familles qu’elles ne revoient qu’une fois par année pour le nouvel an. Elle sont ainsi formées par une Mère qui subvient à tous leurs besoins. Les Geishas vivent dans ce qu’on appelle des Okiyas et ne gagnent pas d’argent. Tout ce qui leur est nécessaire leur est fourni et lors de leurs rares moments libres, des sous leur sont donnés pour aller en ville.

Il leur est tout à fait possible de tout arrêter quand elles le souhaitent. A ce moment, les femmes reprennent leurs études pour retrouver un travail mais cela reste rare. La plupart continuent toute leur vie car les Geishas occupent un rangs très élevés dans la société nippone. Il leur est également possible d’avoir un compagnon mais si elles souhaitent se marier, il leur est obligatoire de quitter l’Okiya.

 

Leurs journées sont très ritualisées :

09.00 : Réveil et préparation pour les entrainements

11.00 - 14.00 : Entraînements aux divers arts pratiqués

14.00 - 16.00 : Diner

16.00 - 18.00 : Préparation pour la nuit

18.00 - 00.00 : Travail

00.00 - 02.00 : Retour à la maison et temps libre

 

Une fois par semaine, les femmes vont chez un coiffeur spécial pour adopter cette coiffure qui leur est unique et qui les rend reconnaissable parmi toutes. Elles gardent alors leurs cheveux en place durant une semaine entière ce qui les oblige à dormir sur le côté avec des oreillers spéciaux le plus souvent en bois. Entre le maquillage, l'entretien de leur coiffure et la préparation du kimono - qui coûte une fortune - il leur faut environ une heure de préparation quotidienne.

 

Passer du temps avec ces femmes, le plus souvent très belles, coûte excessivement cher. Leur compagnie est réservée aux clients fortunés qui font appel à elles pour des dîners et autres occasions prestigieuses. Il est donc très rare d’en apercevoir et encore plus de passer du temps avec l'une d'elles. Dans la rue, il est possible de les voir monter furtivement dans leurs taxis. Si vous en apercevez une en train de se promener et de flâner, il y a 99% de chances qu’il s’agisse d’une fausse Geiko car ces dernières n’ont pas de temps à perdre en journée et elles fuient les paparazzis armés de leurs objectifs.

Un exemple très simple pour reconnaitre une vraie Maiko d’une fausse : lors de sa première année d’apprentissage, elle portera dans ses cheveux l’hana-kanzashi, un ornement en soie représentant des fleurs. Cette décoration devra pendre sur le côté gauche de son visage. Elle aura également la lèvre inférieure peinte en rouge. Si les deux lèvres sont peintes … C’est un attrape touriste !

 

Voir de mes propre yeux le talent d’une de ces femmes, passer du temps, jouer et discuter avec l'une d'elles fut donc un grand moment, privilégié et honorifique.

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour finir avec les Maikos, voici un très beau court métrage montrant le quotidien d'une de ces filles réalisé par la chaîne Discover Kyoto. 

 

 

Qui ne connais pas Joe Okada à Kyoto ! The Last Samuraï n'est pas Tom Cruise dans le film du même nom, mais bien un octogénaire à l’histoire rocambolesque.

 

A l’origine ces guerriers mythiques devaient conquérir les terres des Aïnous à la fin de la période Nara (710 – 794) sous la volonté de l’empereur. Littéralement “ celui qui sert ”, leurs enseignements sont régis par un code de loyauté très strict appelé le Bushido. Le Samuraï armé de son célèbre katana n’a qu’une seule occupation dans la vie : la guerre. Leur caste sera dissoute au XIXème siècle après l’arrivée des Américains et après la chute du Shogun. Leur histoire passionnante est longue et chaotique. Je n’entrerai donc pas dans les détails et vous laisserai vous renseigner de vous même.

 

Quoi qu’il en soit, voilà près de deux cents ans que les derniers Samuraïs ont disparu. Et pourtant … Joe est la ! A 89 ans, ce personnage hors du commun arpente toujours les rues de l’ancienne capitale d’un pas expert et rapide.

 

Tout a débuté dans sa jeunesse. Alors qu’il n’a que vingt ans, il travaille dans une caserne de pompier mais son rêve se trouve bien loin des flammes. Sa vocation est de devenir guide touristique. Il part alors pendant huit mois au États-Unis pour apprendre l’anglais puis rentre au pays pour passer sa licence de guide. Très vite, cela ne lui convient pas. Les touristes toujours en quêtes de spectacles et de folklores lui demandent à voir de vrais Samuraïs … Joe décide alors de satisfaire ses clients et le changement s'opère. Il suit un entraînement drastique pour manier à la perfection le katana. Peu à peu, il devient le meilleur dans ce domaine et par là même occasion, devient le dernier des Samuraïs.

 

Aujourd’hui, Joe est connu de tous les plateaux TV car sa performance l’a amenée à voyager sur les cinq continents. Il est également détenteur de nombreux records enregistrés au Guinness Book, notamment celui de la plus longue carrière en temps que guide - toujours en activité - avec plus de quarante ans de bons et loyaux services.

 

Il aime à nous montrer les nombreuses cicatrices laissées par les entrainements sur ses bras. Il s’amuse même à nous dire qu’il n’y a eu que deux accidents dans ses nombreuses années de carrière : la première avec une femme à qui il a coupé la hanche lors d’une démonstration - ils semblent être restés en très bon terme malgré tout - et la seconde avec un homme qui devait tenir un morceau de bambou et qui n’a pas retiré sa main assez vite … Il partira donc du show avec un morceau de doigt en moins …

 

Visiter Kyoto avec lui fut une expérience amusante mais aussi émouvante. Malgré le personnage médiatique, romanesque et théâtrale ; son savoir et ses connaissances ne sont pas à remettre en cause. Nous avons visité de nombreux magasins traditionnels comme une bijouterie, une papeterie, un bouquiniste, une confiserie … toutes ces boutiques étaient déjà présentes sous l'ère Edo et perpétuent la culture et l'artisanat japonais à travers les âges. La plus emblématique des visites fut probablement celle de la fabrique de Saké … Commencer la dégustation à 10h00 à de quoi vous mettre en forme pour le reste de la journée … Ou pas …

 

 

 

La dernière de mes rencontres fut un peu particulière.

 

Après quelques jours à Tokyo, j’ai pris le bus en direction de Kyoto. Pas vraiment encore remis du décalage horaire, je me suis confortablement assis sur mon siège attitré, puis je me suis mis à écouter de la musique tout en somnolant. J’aurai pu prendre un bus de nuit pour dormir et ainsi économiser le prix d’une nuit d'hôtel, mais sur le trajet de neuf heures, je comptais bien apercevoir quelqu’un. 

 

Une heure après un court arrêt à Yokohama pour prendre d’autres passagers, je me souviens avoir entrouvert les yeux pour regarder un peu le paysage … et la, stupeur ! La tête de celui que j’attendais tant se dressait au loin, sa chevelure blanche dépassant des forêts et montagnes alentours. Ce fut un réel choc car je ne m’attendais pas à l’avoir en face des yeux à mon réveil. C’est un peu comme apercevoir le dos d’un dragon transpercer le ciel ou encore, distinguer les arches de la mythique cité de Laputa à travers les cumulus.

 

Je sentais que le mauvais temps approchait et prendre une photo en route fut assez difficile. Le magnifique et théâtrale Mont Fuji se dressait là, devant moi, laissant apercevoir son sommet enneigé à travers d’épais nuages. A peine ai-je eu le temps de prendre la photo que le brouillard et la pluie s’installèrent pour le recouvrir entièrement. Cette sensation de surprise restera gravée en moi et je n’emporterai qu’une photo de très mauvaise qualité. Mais peu importe. J’ai eu la chance d'apercevoir ce colosse ne serait ce que quelques secondes et je reviendrais un jour, pour marcher à son sommet.

 

 

 

    

 

 

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