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Addis-Abeba / Axoum / Lalibela, Ethiopie - Le Nord du pays en 100 photos 1/2

3 Nov 2018

 

 

 

A Alioune Diop

 

Et je vis ce conte byzantin publié par les pluies sur les fortes épaules de la montagne dans l’alphabet fantasque de l’eucalyptus 

 

Et de vrai au nom du baobab et du palmier de mon cœur Sénégal et de mon cœur d’îles je saluai avec pureté l’eucalyptus du fin fond scrupuleux de mon cœur végétal

 

Et il y eut les hommes c’étaient dieux chlamyde au vent et bâton en avant descendant d’un Olympe de Nil bleu et les femmes étaient reines reines d’ébène polie prêtées par le miel de la nuit et dévorées d’ivoire Reine de Saba Reine de Saba qu’en dit l’oiseau Simmorg-Anka ?

 

Ethiopie

Belle comme ton écriture étrange qui avance dans le mystère telle un arbre d’épiphytes chargé parmi l’ardoise du ciel ni prince ni bouche du prince je me présente moi quinze dépouilles viriles trois éléphants dix lions 

 

Ce sont plus terribles que lions roux du Harrar vie domptée angoisses et goules de nuit rêves vingt cicatrices et j’ai vu les trahisons obliques dans le brouillard me charger en un troupeau de buffles Ehô Ethiopie-Mère ni prince ni bouche du prince blessure après balafre mais cette folle face de noyé qui se raccroche à l’arche Reine de Saba Reine de Saba serai-je l’oiseau Simmorg-Anka ?

 

Et il y eut les rues les souks les mules les buveurs de tedj les mangeurs à’ingéra ceux d’Entoto ceux d’Abba Dina plus loin à l’océane racine du poumon de mon cri des îles s’effritant rochers kystes bavants saquant rivées au pieu les îles qui à ma parole mécroient Reine du Matin Reine de Saba Où vit l’oiseau Simmorg-Anka ?

 

Et je fus Ethiopie ton pêle-mêle tendre d’encens brûlé et de colère

Saint-Guiorguis de grands spasmes bruns d’âpres baisers raclaient les seuils obtus de Dieu et ses ferrures de cuivre 

Baata Menelik sommeillait à sa porte croisâmes noir et bleu un Galla mon destin masqué farouche et doux comme sa sagaie Reine du Midi Reine de Saba ci-gît l’oiseau Simmorg-Anka

 

Or du Kraal assiégé de sa gorge lointaine Miriam Makeba chanta au lion parcourue d’un sillage ondulant aux épaules un lac de maïs fauve flairé par acre vent (Reine ô Belkis Makeda !) et subitement l’Afrique parla ce fut pour nous an neuf l’Afrique selon l’us de chacun nous balaya le seuil d’une torche enflammée reliant la nuit traquée et toutes les nuits mutilées de l’amère marée des nègres inconsolés au plein ciel violet piqué de feux

 

Elle dit : « l’homme au fusil encore chaud est mort hier.

Hier le convoiteux sans frein piétineur piétinant saccageur saccageant hier est bien mort hier. » … l’Afrique parlait en une langue sacrée où le même mot signifiait couteau des pluies sang de taureau nerf et tendon du dieu caché lichen profond lâcher d’oiseaux

 

 

 

Aimé Césaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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