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Arkhangai, Mongolie - Les mystères des pierres à cerfs

19 Jul 2017

 

 

 

En Mongolie, lorsque vous voyagez tranquillement à cheval, vous pouvez avoir la chance de tomber nez-à-nez avec des pierres dressées en plein milieu des steppes, au milieu de nul part. Le pays est grand et vous ne croiserez donc pas ces monolithes à tous les coins … à tous les coups. Les éleveurs connaissent ces pierres et leurs emplacements car ils les respectent malgré les énigmes qu’elles lèvent. Il sauront donc vous indiquer le chemin de ces stèles “ en direction du zénith, derrière les montagnes ”.

 

Bien avant la grande et célèbre armée de Gengis Khan (1162-1227), d'autres guerriers ont foulés ces gigantesques plaines, au galop, à la recherche de nouvelles terres et de nouvelles conquêtes. Ces étranges pierres ont été érigées en plein coeur des vallées de l'Arkhangai par quelques uns des premiers nomades à l’âge du bronze, soit aux alentours de l'an 1 000 avant J.-C. Malgré des décennies de recherches et de fouilles archéologiques, les " pierres à cerfs " ne semblent toujours pas vouloir nous dévoiler leurs mystères . Qui exactement les a érigés ? Comment ont elles été placées ? Dans quel but ? Tant de questions et tant de réponses incertaines.

 

 

Gravés dans des blocs de granites, les cerfs tourbillonnent sans jamais s'arrêter, comme des faisceaux tendus entre la terre et le céleste. Depuis longtemps, les peuples qui vivaient dans ces gigantesques étendues ont toujours pratiqué le chamanisme ainsi que des religions animistes. Avant l’arrivée du Bouddhisme Tibétain au XIIIème siècle puis du régime soviétiquo-communiste au XXème siècle, ces anciennes croyances forçaient un respect envers la nature dans laquelle ils vivaient. Chaque animal, chaque arbre, chaque nuage avaient alors une signification et un but bien précis dans l'équilibre de la vie. 

 

Dans la mythologie locale mais également dans les contes populaires Mongols, les cerfs sont chargés d’apporter les âmes dans les corps des nouveaux nés - à l’instar de nos cigognes occidentales. Ces cervidés sont les gardiens des âmes humaines, les faisant passer sans encombre du monde des vivants à celui des morts - et inversement. Il n’est donc pas étonnant de trouver des dizaines de ces cerfs gravés tout autour de ces monolithes. Déformés pour donner une impression de vitesse et de tournoiement, ces animaux divins font le voyage en les deux mondes afin d’emporter l’âme des défunts vers un infini cosmique, ou dans de nouveaux corps.

 

Depuis leurs découverte par les Russes dans les années 1960, des centaines de stèles ont été répertoriées. Certaines d'entre elles étaient parfois presque entièrement enfouies dans le sol. Les archéologues ont émis l’hypothèse que ces monuments pouvaient servir, non pas de sépulture - car aucune dépouille n’a encore été trouvé à proximité - mais de pierre tombale servant à marquer l’endroit où des défunts furent placés. En effet, les premiers nomades n’enfouissaient pas leurs morts sous terre - comme le faisaient déjà à leur époque les sédentaires vivant de l’agriculture - mais les déposaient sur le sol et les recouvraient de petits monticules de pierres. La plupart du temps, les corps étaient mangés par les animaux sauvages et leurs ossements disparaissent avec le temps. Cette théorie semble la plus plausible en vue des éléments mis à jour.

 

De nos jours, les cerfs de Mongolie sont une espèce protégée et leur chasse reste très réglementée. Des forêts de Fontainebleau, jusqu’aux steppes de Arkhangai, ils sont depuis tout temps, un symbole de bravoure, de puissance et de noblesse et traversent les continents en semant derrière eux respect et fascination.

 

 

 

 

Pour en découvrir d'avantage : 

• Jérôme Magail, Tsatsiin Ereg, site majeur du début du 1er millénaire en Mongolie, Bulletin du Musée d'Anthropologie préhistorique de Monaco, n° 48, 2008

• Jérôme Magail, Les " pierres à cerfs " des vallées Hunuy et Tamir en Mongolie, Bulletin du Musée d'Anthropologie préhistorique de Monaco, n° 45, 2005

• Jérôme Magail, L'art des «pierres à cerfs» de Mongolie, Arts asiatiques, tome 60, 2005

• Nicolas Ancelin, Les sentinelles des steppes, Géo magazine, n° 461, juillet 2017 

 

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