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Arkhangai, Mongolie - Le pays aux millions de chevaux

2 Aug 2015

 

 

 

Qui n’a jamais rêvé de parcourir à cheval les étendues infinies des steppes Mongoles, comme le faisaient les guerriers du grand Gengis Khan (~1160-1227)?

 

La légende dit que ces cavaliers Mongols parcouraient la distance entre Karakorum (l'ancienne capitale) et le fin fond de l’empire en Hongrie, en seulement deux semaines, soit environ 6200km (à vol d’oiseau). Sans jamais s’arrêter, buvant le sang de leurs chevaux, ils fonçaient à vive allure à travers les steppes et les montagnes de l’Oural pour apporter des messages, comme celui de la mort tragique du Khan.

 

Aujourd'hui, la cadence a quelque peu ralenti mais ces chevaux restent de véritable fusées. Un seul “tshuu” de la bouche suffit à les faire partir à quatre vingt kilomètres heures en moins de deux secondes. Cette sensation est incroyable et impossible à décrire. C'est une telle liberté qui s'offre à nous.

 

Il faut imaginer devant vous une étendue verte presque parfaitement plate avec au loin des montagnes. Après quelques heures passées au pas et quelques pointes faites au galop, ces montagnes ne semblent ne jamais se rapprocher, comme l'illusion d’un mirage inaccessible. Le premier sentiment que l’on ressent dans cette infiniment grand est un vertige inexplicable. Nous sommes comme perdu dans l'immensité de ces lieux mais aussi perdu face à la beauté de tels paysages.

 

Toutes les trois ou quatre heures, nous croisons un regroupement de yourtes. Nous nous arrêtons pour leur dire bonjour et pour que les chevaux se reposent. Inutile de frapper avant d’entrer. La coutume veut que l’on rentre directement, que l’on se présente et que l’on s’installe en attendant que notre hôte nous offre à boire et à manger. L’aïrag, la boisson traditionnelle légèrement alcoolisée est faite à base de lait de jument fermenté. Ce délicieux breuvage (vous sentirez l’ironie) est une des bases de l’alimentation des nomades. Vient ensuite l’aaruul. Ce fromage, lui aussi fait à base de lait de jument, est fabriqué par les femmes en quantités presque industrielles. Dur comme de la pierre et salé comme un pain de sel, il faut le goûter pour faire honneur au le propriétaire mais la encore, nous sommes bien loin d’un bon Comté fruité ou d’un Brie de Meaux crémeux. Parfois l’aïrag est remplacé par le süütei tsai, thé à base de lait de jument ou de yack, accompagné de beurre et de farine…

La cuisine Mongole n’est vraisemblablement pas la plus recherchée au monde et voilà tout un paragraphe que je m’efforce de vous dresser la carte de quelques une de leurs spécialités, mais je dois bien avouer que tout n’est pas aussi affreux que je le laisse imaginer. J’ai mangé en plein milieu de ces steppes, le meilleur mouton de ma vie. Tué devant moi et cuit sur des pierres chaudes, la viande habituellement forte était ici délicieuse.

 

Cette tradition Mongole peut nous paraître à nous occidentaux bien cavalière (sans faire de jeu de mot). Les lois de la steppes sont différentes. Les dangers y sont nombreux et n’importe qui peut avoir besoin d’aide à tout moment. Si les Mongols acceptent de donner l'hospitalité aux visiteurs, c’est parce que eux aussi peuvent se retrouver un jour dans le besoin et si l’on suit les préceptes du Bouddha, il faut donner avant de recevoir.

 

Depuis le début de la civilisation Mongol, le cheval est un animal sacré et emblématique de leur culture. En plein milieu de nulle part, il n’est pas rare d’apercevoir des formes équestres gravées et dessinées sur la roche. Ces représentations datent de plusieurs milliers d’années et sont la trace écrite de cette fascination pour ce quadrupède.

 

Aujourd’hui protégé par la loi du pays, les chevaux de races sont la plus grande fierté des Mongols. Une nuit, mes guides souhaitaient jouer avec le feu qu’ils avaient allumés. Ils m’ont demandé de régler l’appareil photo sur une pause lente pendant que eux, dans l’air, traçaient les formes approximatives d’un étalon. Leurs gestes maladroits à cause de la vodka étaient accompagnés de discours nostalgiques sur leur vie de nomade.

 

A Oulan-Bator, l’actuelle capitale du pays, il est de plus en plus rare de croiser dans les rues d’anciens cavaliers avec les jambes arquées, impossible de se tenir droit, résultat d'une vie passée à cheval. Ici, les enfants commencent à apprendre à monter à cheval  vers deux ans, avant d'avoir complètement fini d'apprendre à marcher mais ils montent dès leur naissance avec leurs parents. La vie du mongol nomade et celle des chevaux sont donc très intimement liées. Ils apprennent à se connaître, à se comprendre et le plus important à vivre ensemble.

 

Mais ces traditions commencent à disparaître petit à petit au profit de la modernisation. Les jeunes ne veulent plus suivre les traces laissées par leurs aînés. Ils veulent à tout prix quitter ce mode de vie nomade pour un mode sédentaire comme le montre la télévision. Chaque année, les camps de yourtes autour de la capitale grossissent tristement. Attirées par les villes, les jeunes générations pensent y trouver un nouveau départ et une vie moins dure que leurs parents mais ne font que grossir la pauvreté cachée des grandes agglomérations.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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