François-Auguste

BIARD

 

Exposition La Recherche à La Ciotat

Une expédition oubliée

Peu de temps avant de démarrer sa fabuleuse aventure dans le Grand Nord, Biard est nommé Chevalier de la Légion d’Honneur le 9 juin 1838. Les archives reconstituées ne permettent pas de connaitre l’origine de cette distinction mais il est probable qu’elle soit due aux médailles gagnées aux Salons.​

 

Léonie ne devait pas faire partie de cette expédition. Un jour au début de l’année 1838, le naturaliste Paul Gaimard (1793-1858) lui raconte ses précédentes expéditions dans le Nord à bord de la corvette française La Recherche. Il ajoute que pour une nouvelle édition, il aimerait être accompagné par Biard. Gaimard aime le travail de Biard et à cette époque, les peintres sont des personnages indispensables lors de telles expéditions scientifiques. La photographie n’en est encore qu’à ses débuts et c’est à cette même période que Daguerre cède son invention à l’état, permettant ainsi à un plus grand nombre de pratiquer cet art naissant. Les dessinateurs et les peintres sont donc les seules personnes capables de ramener des traces illustrées. Leur rôle est majeur : garder un souvenir mais aussi transmettre et faire rêver les curieux de la capitale. Gaimard demande alors à Léonie de convaincre son amant de faire partie de cette nouvelle expédition. Léonie sait pertinemment qu’elle n’aura aucun mal à convaincre son aventurier de compagnon et propose un chantage à Gaimard : elle ne parlera à Biard de ce projet, qu’à la seule condition de faire partie du voyage elle aussi… sinon rien. Gaimard un peu surpris par cette demande, accepte cette offre sans trop de difficulté. Personne ne peut dire non à une si jolie et si intelligente jeune femme. Mais ils ont en face d’eux, deux difficultés majeures. La première est que les femmes ne sont pas autorisées à voyager sur un bâtiment de la Marine Nationale française. Il faudra donc que Léonie et François-Auguste fassent seuls le chemin jusqu’en Norvège. La seconde est qu’elle devra se cacher aux marins lors de l’embarcation. Elle se déguisera alors en matelot. Le travestissement en homme pour les femmes était interdit en France à cette époque, cela lui vaudra l’admiration de certains mais aussi le dégoût d’autres parisiens à son retour.​

Lithographie de Barthélémy Lauvergne représentant la Baie de Smeremberg, tirée du livre Voyages de la Commission scientifique du Nord en Scandinavie... par Paul Gaimard.

Au premier plan Charles Giraud et François Biard dessinent assis, alors que Léonie, entourée par deux hommes (avec Paul Gaimard à sa gauche), s’imprègne de l’ambiance à la fois macabre et enchanteresse des lieux.

Biard ne réfléchit même pas face à une telle proposition.

Avant leur départ, le roi Louis-Philippe (1773-1850) demande à l’équipage de déposer un buste en bronze le représentant à Havesund, à l’extrême nord de l’Europe, afin de commémorer son propre voyage dans le Nord, du temps où il était duc d’Orléans. Aujourd’hui roi, Louis-Philippe est, selon son plus récent biographe Arnaud Teyssier, le “Dernier roi des Français”, mais aussi “le premier Français à gagner le cap Nord”. Son exil pour échapper au régime de la Terreur le conduit en 1793 à voyager en Scandinavie. Ce long périple, représenté plus tard par les pinceaux de Biard, marque profondément le souverain. Ils seront alors unis par cette aventure commune. Explorateurs ancrés dans leur époque, ils ont tous deux survécus aux dangers du cercle polaire, sont revenus d’une expédition que peu ont eu la chance de vivre et ont partagé des moments de vie aux côtés d'autochtones sous le ciel illuminé d'aurores boréales. C’est en 1840, au retour de La Recherche, que les deux hommes se côtoient réellement et que Biard trouve son protecteur. En plus d’être un peintre apprécié, le roi apprécie également l’homme derrière la palette et lui fera obtenir de nombreuses commandes importantes.

 

Après des mois de voyage à cheval, à pied et en voiture, ils arrivent épuisés dans la ville portuaire la plus au Nord de la Norvège : Hammerfest. Sans tenir compte de la fatigue, Biard reste éveillé et fait des croquis, des esquisses, prend des notes et peint sans relâche les paysages somptueux de Laponie, les villages pittoresques ainsi que d’étonnants portraits des peuples Sames. Avec Léonie, ils restent trois semaines dans leur cabane du bout du monde avant que la corvette n’arrive pour les mener vers des terres plus froides et bien plus hostiles.

Le 17 juillet 1839, tous embarquent à bord de La Recherche en direction de l’archipel du Svalbard. Faisant une halte à mi-chemin sur l’Île aux Ours, ils arrivent dans la Baie de la Madeleine le 31 juillet 1839, en plein brouillard et à une période de l’année où le soleil ne se couche jamais. Un spectacle magnifique s’offre alors à eux. Le refuge des trappeurs et des baleiniers devient, le temps de quelques jours, le terrain de recherche de quelques botanistes, météorologues, astronomes, naturalistes ; mais également le terrain de jeu d’un peintre acharné et d’une jeune femme bien courageuse.

 

Cette expédition est très importante pour la France car il s’agit de la première expédition scientifique française à explorer les terres encore vierges du Spitzberg. Mais elle est d'autant plus importante car Léonie devient par la même occasion la première femme à explorer cet archipel et à voyager à de telles latitudes.

Biard ne s’arrête jamais de dessiner et de peindre et il ne prend pas le temps de dormir. Près de vingt-quatre heures par jour, il brave le froid intense, emmitouflé sous des couches et des couches de vêtements. Tout l’équipage se demande comment il fait pour travailler et tenir bon accoutré de la sorte. Mais le froid n’est pas le seul danger en ces lieux. Les ours blancs sont maîtres ici et peuvent le rappeler à tout moment. La presqu’île des Tombeaux compte des centaines et des centaines de tombes creusées à même la glace afin d'enterrer les pauvres marins morts de froid. Certaines de ces sépultures laissées à même le sol sont ouvertes par les ours polaires qui viennent jouer aux fossoyeurs, exhumant ainsi leur repas et offrant un spectacle macabre.

Exposition

La Recherche, Une expédition oubliée

Accrochage présenté à La Ciotat dans le cadre du festival Lumexplore 2018

©Baptiste Henriot 2019

Toutes les images et les textes de ce site web sont soumis au droit d'auteur. Toute utilisation est interdite sans mon autorisation.

All images and texts on this website are subject to copyright. Any use is prohibited without my permission.